L’homme au coeur du débat

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Les débats récents à propos du mariage pour tous, ou plutôt  les nombreuses difficultés  et incompréhensions qui de toute part semblent  rendre tout débat impossible,  nous amènent  à prendre  un peu de recul  et à nous interroger.

Nous avons l’impression sincère  de dialoguer, c’est à dire d’écouter, parfois de nous laisser déranger par l’autre  et enfin de compte de raisonner, et de chercher nous mêmes à convaincre avec des arguments. Nos arguments sont logiques certes, mais ils s’appuient sur une vision du monde  qui  est fondamentalement  étrangère  voir directement opposée aux différents lobbys et groupes d’influence à l’origine de cette loi.

Ceux-ci ne se trompent pas, qui, à peine la première phrase engagée, nous arrêtent et nous disent  «  vous, vous êtes catholiques… »  et de clore ainsi le débat, pour certains, avec  une petite dose de compréhension  amusée, pour d’autres, avec une sécheresse qui en dit long sur la hargne et l’imaginaire emmagasinés.

Comment dialoguer avec les incroyants ?  A cette question aussi ancienne que notre foi, s’ajoute aujourd’hui celle du dialogue avec ceux qui ,consciemment ou inconsciemment, ont une perception du monde radicalement étrangère à la notre.

Comment ne pas voir en effet que, pour la grande partie de nos interlocuteurs, toute référence à la création,  à une loi naturelle,  à une nature humaine,  voir toute référence à la raison est rejetée  au nom du primat absolu de la liberté individuelle ?

A propos du dialogue avec les incroyants, Pie XI [3], nous disait déjà que le dialogue était possible et nécessaire avec tous les hommes de bonne volonté  mais comme l’ont rappelé tous ses successeurs, il nous prévenait que ce dialogue  ne peut s’établir que sur les fondements de la « Loi naturelle ». Un homme de « bonne volonté » est un homme qui cherche le bien,  ce qui est rappelons le, la finalité de toute morale.

Le pape Benoît XVI  n’a cessé d’attirer  l’attention de ses interlocuteurs sur la difficulté que pose ce concept de loi naturelle à nos contemporains : « Il s’agit d’un terme devenu aujourd’hui presque incompréhensible pour de nombreuses personnes, à cause d’un concept de nature non plus métaphysique, mais seulement empirique. » disait il en 2007 [1]  et de préciser quelques mois plus tard  « on a perdu l’évidence originelle des fondements de l’être humain et de son action éthique, et la doctrine de la loi naturelle s’oppose aux autres conceptions qui en sont la négation directe. ». La loi naturelle bien comprise permet en effet de montrer que « le contenu éthique de la foi chrétienne ne constitue pas une imposition dictée de l’extérieur à la conscience de l’homme, mais qu’il s’agit d’une norme qui a son fondement dans la nature humaine elle-même ». Ce faisant, elle permet « d’établir la base pour entrer en dialogue avec tous les hommes de bonne volonté et, de manière plus générale, avec la société civile et séculière » [2]

La loi naturelle comme instrument de dialogue ? Mais cette notion est elle même liée à la notion de nature humaine  que progressivement  Jean Paul Sartre  et Michel Foucault pour ne citer qu’eux, ont ruiné dans tous les esprits sans que ceux-ci n’y prennent garde.

Remontant encore un peu plus le fil de notre réflexion,  nous nous apercevons que cette négation de la nature humaine est étroitement associée à la négation de la création de l’homme par Dieu. Marx affirmait ainsi dès 1844 qu’il était capital que l’homme soit sa propre origine pour être vraiment libre. Nietszche  et Auguste Comte ont tenu le même discours sous d’autres formes  et le positivisme que ce dernier nous a laissé  imprègne  les esprits de nos contemporains.  [ Lire à ce sujet Le Drame de l’humanisme athée  de De Lubac].

Cette cohérence entre la vision d’un monde créé, la place de l’homme dans la nature, la loi naturelle et les droits de l’homme est  bien souvent perçue par ceux qui précisément veulent réinventer l’homme  et le reconstruire dans son identité sexuelle. Leurs attaques contre l’Eglise représentante par excellence de la transcendance  et de l’amour de Dieu pour l’homme n’en sont que plus compréhensibles. Toute affirmation de Dieu créateur devient pour eux une remise en cause de leur liberté mal comprise. En ce sens, il s’agit plus d’un refus que d’une négation.

Aussi, lorsque nous discutons  avec des  « humanistes »  qui veulent construire l’avenir de l’homme sans Dieu et que nous nous trouvons en parfaite incompréhension sur les valeurs de respect dues à la dignité humaine, nous pouvons parfois oublier que Dieu est en fait au centre du débat tout en discutant longuement sur les conséquences.

Dieu est rarement nommé mais il est toujours au centre du débat. Si Dieu n’est pas créateur de toutes choses, alors l’homme est très logiquement un épiphénomène et il est illusoire de s’attarder à la définition d’une quelconque nature humaine. La conséquence  en est qu’il n’y a dès lors plus de dignité humaine qui pourrait résister à ma volonté libre et que les droits de l’homme ne sont que le reflet culturel de certaines sociétés, reflets qui changent en fonction de l’éclairage que l’on veut bien donner. Toute tentative de vouloir imposer un modèle devient dès lors le signe d’une intolérance inadmissible.

Pour  accompagner ces propos,  le lecteur trouvera  ci dessous une courte présentation de La fin de l’exception humaine de Jean Marie Schaeffer, oeuvre qui me paraît décrire l’arrière plan intellectuel de ceux à qui nous devons faire face.  A propos de la loi naturelle, lire aussi l’excellent article de Pierre Gaudette déjà cité.

 

La Fin de l’exception humaine – J.M. Schaeffer

 « Dieu dit: Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance …/… Dieu créa l’homme à son image, il le créa à l’image de Dieu, il créa l’homme et la femme ». Gen 2, 26-27. Pour Jean Marie Schaeffer ces quelques lignes forment avec la tradition chrétienne le fondement de la Thèse toujours vivace  de « l’exception humaine » . Disons le de suite, l’auteur se range à l’avis de Michel Foucault pour qui « l’homme est une invention » .

Pour Jean Marie Schaeffer la Thèse de l’exception humaine est simplement fausse, à l’encontre des avancées de la science, elle est une vision du monde, c’est-à-dire une “représentation évidente et globale de la réalité qui nous permet de nous accommoder de la vie“. Elle s’oppose à la véritable connaissance du monde. Cette vision n’est donc “ pas des plus heureuses“.

Quels sont les présupposés philosophiques de la Thèse ? Ils sont selon l’auteur au nombre de quatre :

-          une rupture ontique entre humanité et animalité; ( l’homme est différent de l’animal);

-          un dualisme ontologique chez l’homme lui-même entre l’âme et le corps ;

-          une conception gnoséocentrique de l’Homme ( il a l’exclusivité de la connaissance);

-          un idéal cognitif antinaturaliste.

Or, pour Jean Marie Schaeffer  “la biologie de l’évolution implique une naturalisation de l’identité humaine” . L’homme est un être biologique ( et rien de plus ), fruit d’une évolution  gouvernée  par la seule sélection naturelle. Il  donc faut analyser l’espèce humaine sans fausse idée essentialiste ou finaliste.

Après avoir déconstruit  les quatre « présupposés » de la Thèse, J.M. Schaeffer  se propose d’aller “au-delà” du cogito cartésien, qu’il définit  comme la définition philosophique de l’exception humaine. Il est significatif – et regrettable-  qu’il ne retient d’elle qu’une approche idéaliste, alors que le christianisme qu’il identifie  à juste titre comme son fondement ne peut y être assimilé. Comme Kant, qu’il critique pour son essentialisme, l’auteur réduit le domaine philosophique à une peau de chagrin pour ne laisser place qu’ à la seule approche « scientifique »  et  « naturaliste », en fait réductionniste  et positiviste.

Sous cet angle, on comprend que la Thèse de l’exception humaine ne résiste guère. Au terme de ce long chemin de déconstruction  de  la nature humaine, Jean Marie Schaeffer reconnaît  que l’homme possède  cependant quelques particularités : il est un être social qui rend possible la culture.

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[1] Benoît XVI, « La loi naturelle, un message éthique », dans son « Discours au Congrès international sur la loi morale naturelle », 12 février 2007, in La Documentation catholique, n° 2378 (2007), p. 354.  Cité dans l’article Esprit et Vie à propos de Pierre Gaudette , article malheureusement  indisponible

[2] Discours du pape Benoît XVI aux membres de la Commission théologique internationale, 5 octobre 2007, in La Documentation catholique, n° 2392 (2007), p. 1085. Cité dans le même article d’Esprit et Vie

[3] manque référence !

 


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