Forme et métaphysique

Playdoyer pour une théologie naturelle  fondée sur la forme

Article version  fichier pdf Forme et Métaphysique 

En hommage à Claude Tresmontant Claude Tresmontant

Introduction et résumé  

L’impossibilité de toute  métaphysique déclarée par Hume et Kant est devenue  un paradigme de la culture moderne. Nombre de chrétiens  souscrivent volontiers  à ce qui est maintenant perçu comme une évidence et considèrent du même coup la théologie naturelle ( discours rationnel sur l’existence de Dieu )  comme accessoire si ce n’est dépassée ou illusoire.

Emmanuel Kant 1724-1804Mais Kant n’est pas lui-même à l’abri de toute critique et nous sommes en droit de remettre en cause certaines de ses affirmations[a]. Une fois ce tabou mis à nu,  il devient possible de s’apercevoir que l’abandon de la théologie naturelle réduit  le dialogue entre science et foi  à de bien pauvres sophismes [b] .

Or un tel dialogue en vérité est nécessaire à l’évangélisation et à la transmission de la foi.

Autrement dit, comment pouvons-nous expliquer à nos enfants qu’ils sont les fils bien-aimés du Père alors que  le monde dans lequel ils vivent  proclame sans cesse qu’ils sont les fruits du hasard ? Un élément important de la théologie naturelle, est l’argument cosmologique : nous sommes tous appelés à la suite de St Paul à reconnaître le Créateur à travers ses œuvres [i].  Plus que tout autre, l’argument cosmologique doit s’appuyer sur le réel tel que nous l’observons, en veillant cependant à  éviter le piège du concordisme [ii].Dieu

L’argument  cosmologique dans son principe est extrêmement simple,  ce serait une erreur de  le considérer comme simpliste. Oui nous avons le droit d’admirer en raison  les œuvres de la Création, oui , il n’est pas illusoire de s’émerveiller à la vue d’un nouveau né.

Après Kant, c’est Darwin, qui en 1859, porte un second coup à  la théologie naturelle  avec  l’Origine des espèces. André Pichot, chercheur au CNRS qu’on ne saurait taxer de trop de sympathie à l’égard du christianisme, a bien montré les tenants philosophiques de  l’œuvre de Darwin  au-delà de ses  aspects purement scientifiques [iii].

Dans le présent article, nous voudrions montrer la pertinence actuelle  de  la notion de forme développée par Aristote et comment celle-ci s’impose en partant de l’observation du réel  et de ce que nous en disent les sciences.  A l’opposé nous essayerons de dégager en quoi  les théories de l’auto-organisation et du hasard  comportent des présupposés matérialistes non scientifiques. C’est donc une partie de l’argument cosmologique que nous cherchons à l’aide de la seule raison  et sans concordisme de faire connaitre et de progresser.

 

Rapide revue de la notion de forme

La  forme ( prise dans sa double signification de structure et d’information ),  est  une réalité que nous pouvons observer dans le vivant et donc dans la nature.  Nous tenterons ici d’en discerner  quelques caractéristiques sans chercher à trancher si  elle est une réalité séparée ( substantielle) ou non.

D’un point de vue historique, la notion d’information  est déjà présente chez Platon, c’est la théorie des Idées.

AristoteC’est Aristote et plus près de nous Thomas d’Aquin qui lui donnent  le cadre conceptuel  le plus riche : la forme est à la fois  ce qui structure et ce qui informe.

Aristote défend une conception hylémorphique de la nature :  chaque chose est un composé de forme et de matière ;  La forme informe donc la matière  et n’existe pas en tant que tel à  l’état séparé mais seulement dans la mesure où elle est forme d’une matière. En ce sens, l’hylémorphisme d’Aristote appliquée à l’homme paraît très proche de la notion hébraïque de chair.

Pour Aristote, la notion de forme, est ce qui permet avec les notions d’acte et de puissance de tenir compte du  réel tout en expliquant la permanence de l’être en perpétuel devenir.  Pour l’ensemble du monde vivant  qu’il soit végétal, animal ou humain, l’âme, principe vital  est la forme du corps.

Thomas d’Aquin reprend ces notions tout en  affirmant  la nature spirituelle et donc substantielle de l’âme humaine :  si l’âme est bien la forme du corps, l’homme est doté d’une âme spirituelle qui survit à la mort. C’est cette synthèse que reprend l’Eglise catholique dans le CEC ( articles 362 à 368 ).

Si pour Aristote, il ne peut exister  de forme  sans matière, il n’existe pas non plus  de matière sans forme.   En ce sens il n’existe pas de matière brute.  Aristote avait l’intuition de ce qui semble  être aujourd’hui établi par la science comme une réalité. La limite que les sciences nous permettent  d’entrevoir  est qu’ultimement la matière est une forme d’énergie.

descartes

René Descartes

La physique moderne s’est historiquement développée en s’opposant avec Bacon, Galilée et Descartes à la physique aristotélicienne associée d’une part à la conception cosmologique Ptoléméenne et ne permettant pas d’autre part de tenir compte du principe d’inertie[iv]. La conception mécaniste de l’univers qui a suivi l’abandon de la physique aristotélicienne  et le rejet corrélatif  des notions de forme, de puissance et d’acte  a permis dans un premier temps le fulgurant développement des sciences modernes mais a trouvé ces premières  limites  dès le XIXème siècle avec le développement de la chimie et de la thermodynamique.

Cette conception mécanique ne permet pas non plus de rendre compte des phénomènes de la physique quantique  ni de proposer un cadre cohérent à la biologie. Abandonnée en science, elle imprègne encore fortement la culture[v].

 

Les différents niveaux de forme dans la matière

Indépendamment de tout système d’interprétation philosophique, cette même science permet aujourd’hui  de distinguer différents niveaux d’application de la notion de forme et de matière

– L’Energie pure  qui serait en fait la forme la plus répandue de la matière.

Amas de galaxies

- La matières au niveau atomique et subatomique. Les formes de la matière au niveau atomique ont été répertoriées, ce sont les éléments chimiques du tableau de Mendeleïev.

– les corps purs qui  désignent la matière sous sa forme  moléculaire ou cristalline.  Les corps purs  regroupent les  corps simples  ( ne comportant qu’un élément  chimique ) et les corps composés ( différents éléments chimiques associés en une molécule ou en un réseau cristallin ).

- La matière telle que nous la rencontrons dans la nature à l’exception importante des êtres vivants. Cette matière que nous appellerons inerte  est  constituée de mélanges plus ou moins structurés de  molécules ou  de structures atomiques  de nature différentes . Ces mélanges peuvent associer dans un même espace différentes substances ( corps purs) sous des phases solides, liquides ou gazeuses , chaque substance conservant ses propriétés. Ce mélange de matière peut être plus ou moins ordonné ( cas des cristaux).

 -  Mentionnons  à ce stade, la  matière mise en forme par l’homme, c’est à dire fabriquée par l’homme  que cette mise en forme soit au niveau chimique ( synthèse de molécules ou de cristaux ) soit au  niveau physique ( fabrication d’un outil).  Notons de suite que cette dernière mise en forme est extrinsèque à la matière elle-même. Dans cette configuration, la forme physique, l’outil  n’est pas à l’origine et ne conserve pas la mémoire de la forme. La forme n’est ici qu’extérieure à la matière, elle lui est surajoutée par l’homme.  En ce sens, il nous semble que  la matière fabriquée par l’homme que ce soit au niveau chimique ou au niveau physique ne diffère pas essentiellement de la matière inerte telle que nous la rencontrons dans la nature.

–   Et enfin, la matière structurée, informée , animée par la vie  que nous allons maintenant chercher à explorer.

 

La spécificité de la forme dans le cas du vivant  

-  L’homme n’a jusqu’ici pas réussi à définir de façon synthétique et cohérente ce qui caractérise la vie. Cette difficulté s’applique également  à la matière dès lors qu’elle est structurée par la vie ce dont se contentait d’ailleurs fort bien Claude Bernard : « il est illusoire et chimérique, contraire à l’esprit même de la science d’en chercher une définition absolue« [vi].

-  Sans épuiser le sujet de la vie, nous pouvons affirmer que  les êtres vivants sont tous sans exception caractérisés par une information. Information dont l’essentiel  est sous une forme ou sous une autre comme encapsulée dans les molécules d’ADN  ou dans des formes plus simples dans le cas des virus. Sans rentrer dans le débat sur la place spécifique qu’il faudrait attribuer aux virus dans le monde du vivant, nous pouvons retenir que toute forme de vie est bien structurée par l’information. Schéma   d’une molécule ADN,  et du chromosome dans la cellule.

ADN  et chromosome

-  Nous pensons qu’il est impropre de parler de matière vivante car il n’existe à proprement parler que des êtres vivants, c’est-à-dire que des êtres animés. Une fois la mort survenue, le corps entre en décomposition, il n’est plus animé par un principe de vie et  il convient alors de parler de cadavre. En ce sens, la définition de l’âme comme forme du corps  nous semble toujours pertinente[vii].  

– La matière qui participe à l’être vivant est certes très spécifique et est constituée de molécules dites organiques que l’homme sait aujourd’hui synthétiser  pour une  grande partie ( la première synthèse d’une molécule organique : l’urée remonte à 1828 ). Peut on pour autant parler de continuité entre le vivant, et le non vivant ? Nous ne le pensons pas  et ceci pour plusieurs raisons.  

Claude Bernard

Claude Bernard

- A l’instar de Claude BERNARD,  l’inclassable physiologiste du XIX ème,  nous pensons que les êtres vivants  ne sont pas plus explicables par l’analyse de leur structure anatomique que par celle de leur structure chimique « quoiqu’on puisse  parvenir à décomposer les parties vivantes en éléments chimiques ou corps simples, ce ne sont pourtant pas ces corps élémentaires chimiques qui constituent les éléments du physiologiste » [viii].

Autrement dit, l’organisme vivant ne peut être réduit à la pure matière, mais suppose un ordre immanent, une organisation intime dont la construction est informée par une idée directrice :   «  Quand un poulet se développe dans un œuf,…/…ce qui est essentiellement du domaine de la vie,  ce qui n’appartient ni à la chimie, ni à la physique, ni à rien autre chose, c’est l’idée directrice de l’évolution vitale. Dans tout germe vivant, il y a une idée créatrice qui se développe et se manifeste par l’organisation. Pendant toute sa durée, l’être vivant reste sous l’influence de cette même force vitale créatrice, et la mort arrive lorsqu’elle ne peut plus se réaliser. Tout dérive de l’idée qui seule dirige et crée[ix] ».

Si la vie est bien soumise à l’action des mêmes lois physico-chimiques que le reste de l’univers, il faut admettre qu’il y dans la vie bien plus qu’un mécanisme, un véritable dynamisme qui tourne ces  lois à son profit de sorte que les propriétés vitales sont in fine irréductibles aux propriétés physico-chimiques. Reprenons une partie de la conclusion de  Ignace Yapi AYENON déjà cité,

«  On pourrait penser que les limites d’une réduction de la vie à des facteurs matériels sont liées aux limites historiques de l’explication physico-chimique de la vie vers la fin du XIX ème siècle, en dépit des progrès de la chimie organique. Mais ce qui subsiste en fin de compte, dans l’opinion de Claude Bernard, c’est l’idée que les facteurs du dynamisme vital ne pourront jamais totalement expliquer le plan d’organisation et d’évolution des organismes vivants …On perçoit aisément les conséquences générales de ce refus du réductionnisme…la vie vient toujours de  la vie… /… la conception bernardienne du vivant se situe manifestement hors de l’antagonisme du vitalisme et du matérialisme..elle allie l’exigence scientifique  d’une représentation matérialiste du vivant à une conception qui concède au vitalisme la spécificité irréductible de la vie ».

pasteur

Louis Pasteur

  -   Il me semble que nous pourrions attribuer les mêmes conclusions à l’œuvre de Louis PASTEUR, qui au risque bien réel de se faire affubler de créationniste parce que chrétien [x] ,  mit fin en 1864 à la théorie de la génération spontanée remise à l’honneur  un siècle plus tôt par l’imagination de DIDEROT  dans  Le Rêve de d’Alembert ( 1769).

Un siècle et demi après Claude BERNARD et PASTEUR,  la problématique reste identique.  Si nous savons que l’information se loge dans les molécules d’ADN , contrairement à une certaine vulgate, nous ne savons toujours pas  expliquer les mécanismes de formation du vivant au-delà de la formation de simples protéines[xi].

 

Du mythe de la génération spontanée à celui de l’auto organisation

 

Expérience Stanley 1953

Expérience Stanley 1953 image Wikipédia

Pourtant  dans le même temps,  s’appuyant principalement sur la synthèse d’acide aminés à partir d’une « soupe pré-biotique » par Stanley Miller en 1953,  les théories qui affirment l’auto-organisation de la matière pour permettre à la vie d’émerger d’une part  et parallèlement  celles qui affirment la  formation de l’ordre à partir du désordre font florès et sont présentées comme  des résultats scientifiques avérés.  Ceci non seulement dans les médias de vulgarisation mais aussi dans les meilleures revues et par les plus brillants représentants du monde scientifique [xii]. Comment ne pas être influencé par de tels résultats ? Pasteur  se serait il finalement trompé lorsqu’il mit fin à la controverse de la génération spontanée ?

L’analyse détaillée de ces nombreux  ouvrages  reste à faire [xiii], notons que les partisans de l’émergence de la vie par auto-organisation n’ont  jamais totalement accepté la réfutation faite par PASTEUR,  convaincus  de l’éternité de l’univers, ils étaient influencés tantôt par le matérialisme  scientiste d’Auguste CONTE  tantôt par le Spinozisme[xiv] .

D’un point de vue strictement scientifique, il est clair que l’affirmation de l’émergence  de l’ordre à partir du  désordre  comme celle de la vie à partir  de la chimie  ne sont que des théories  et ne relèvent pas à proprement parler des acquis de la science. Cette première objection est cependant toute relative  car la science avance bien souvent en avançant des théories révolutionnaires qu’elle ne valide ou n’ invalide définitivement qu’à l’aide de l’expérience.

Cette objection doit cependant nous encourager à la vigilance  et nous inciter à discerner  ce qui relève d’a priori philosophiques étrangers à la science  des acquis objectifs de celle-ci.

Il me semble que  nous pouvons avancer une objection plus forte  et  en rapport avec l’observation du réel.

A la lecture  de ces communications  qu’elles soient de nature scientifiques ou philosophique, on s’aperçoit que règne une grande confusion de termes  polysémiques  dont l’usage vise plus à convaincre qu’à démontrer.

-  Prenons comme exemple emblématique le chaos, dont PRIGOGINE nous dit  que l’ordre peut  en surgir… de quel chaos et de quel ordre s’agit il ?

Exemple d'orbite chaotique

Exemple d’orbite chaotique

Ce  chaos  dont la définition revient à Henri POINCARE[xv]  est un chaos déterministe mais instable et dépendant fortement des conditions initiales.  Il s’agit donc de trajectoires complexes  qu’on ne sait pas toujours calculer,  mais qui  n’ont que peu de choses en commun avec  l’acceptation commune du mot hasard.  Ainsi , au sens de POINCARE, la lune a bien une trajectoire chaotique[xvi] .  

Et qu’en est il de l’ordre ?

Prenons un des exemples les plus couramment cités celui  de l’ordre qui apparaît dans le cœur d’un cyclone.   Effectivement,  au cœur du cyclone,  se forme un courant de flux bien caractéristique appelé vortex de ce fait,  les lignes isobares et iso-cinétiques  forment des courbes que l’ont peut estimer ordonnées.  

 Cet « ordre »  est bien réel mais n’est pas du tout de même nature que l’ordre informé du vivant.

En quelque sorte,  une molécule de gaz du cyclone  est prise dans un mouvement qui la dépasse, elle ne « sait » pas qu’elle a des milliards d’autres molécules qui l’accompagnent dans un même mouvement. Au contraire la cellule du vivant possède l’information  de l’ensemble de l’organisme vivant et est reliée à lui par tout un jeu de relations et d’informations.

– D’une manière plus générale,  il  est nécessaire d’engager une réflexion sur les différences de  nature  entre  la pensée,  l’information  et les différents niveaux d’ordre.  Il nous semble que c’est sur la  base des mêmes ambigüités épistémologiques qu’un autre Prix Nobel comme  Jean Marie LEHN  en vient à dire que les molécules se mettent à penser [xvii] .  

 

L’information du vivant  n’est pas réductible à l’ordre

Pour illustrer ces différences de nature,  je me risquerais à une comparaison [xviii].

Soit  le long d’un chemin  un massif de plantes sauvages,  le désordre y  règne  en toute liberté, si j’ose dire. Pour quelque raison que ce soit, des  tracteurs coupent ce chemin à intervalles réguliers dessinant par la même  avec leur roues des motifs  répétitifs  dans le massif.  Je peux  donc  identifier ces motifs  sans  pour autant  voir plus d’ordre  et encore moins de structure dans  ce massif. Si je  ne compte que sur le hasard, je ne peux espérer  que ces traces aient une quelconque signification et de toute façon,  ces traces ne sont au mieux que des signes inertes.

cheminPlus loin sur ce même chemin décidément riche en découvertes,  sont disposées des  pierres taillées toujours à intervalles réguliers. Il  y a bien  un ordre, ordre représenté par les pierres mais surtout par la régularité de leur disposition. Notons que ces pierres  sont comme étrangères à cet ordre, il n’y a pas de différence essentielle avec  les traces de tracteurs dont  je parlais plutôt,  si ce n’est l’intentionnalité  que je peut éventuellement  escompter de cette disposition bien particulière.

Admettons qu’un peu plus loin encore, ces pierres soient rapprochées jusqu’à  s’emboîter  les unes dans les autres  et que justement, la géométrie de ces pierres est telle qu’une seule configuration est possible. Chaque pierre  devient un élément de l’ensemble  et participe  à la structure  comme les pierres d’une  voûte romane ou comme les atomes  d’une molécule. 

J’ai bien ici un ordre  avec une forme élémentaire de chaque pierre qui participe à la structure de l’ensemble. Je n’ai cependant encore  stocké  aucune information.   Car pour stocker  de l’information, il faut passer d’un ordre régulier ( l’ordre d’un cristal parfait ne contient aucune information)  à un ordre  entaché d’irrégularités,  de variations  pour lesquelles une  signification peut être associée et reconnue  ( par exemple en employant des pierres de couleurs  différentes ), signification que quelqu’un ou quelque organisme sera  capable de  reconnaître  en découvrant cette information  contenue dans ce support codé.

La vie fait mieux encore,  car non contente  de transmettre de l’information sur des supports chimiques [xix],  elle est capable de  combiner cette information dans la reproduction sexuée  et de  réaliser ce qu’elle  signifie, c’est à dire de rendre actuel ce que l’information contient en puissance [xx].

 

Revenons à  la première synthèse  d’un acide aminé par Stanley Miller en 1953 dont on nous dit qu’elle montre la possibilité de l’auto-organisation et par ce biais de l’auto-émergence de la vie.

A supposer que les conditions aient effectivement permis  il y a  quelque 4 milliards d’années de créer les bons acides aminés nécessaires à la vie, il resterait à expliquer comment l’information se serait  en quelque sorte comme condensée d’elle-même dans ces  super molécules  et comment  elles auraient inventé d’elles mêmes le code, la manière de l’encoder  et celle de passer du code à la forme actuelle..

On sent bien qu’il y a là une différence  de nature entre le fait de  produire par le biais du temps et du hasard  une structure moléculaire  stable  et le fait  d’y associer une information.  On peut prendre le parti pris d’une hypothèse  en ce sens, mais il est bien aventureux pour ne pas dire excessif  de considérer cette hypothèse comme scientifiquement démontrée.

Si vous vous aventurez à  lire les différents auteurs de  la biologie moléculaire  qui nous expliquent   la formation de la vie à partir de la chimie pré-biotique , vous  ressentirez une immense confusion devant le mélange  brutal  et sans nuance  de ces différentes notions. Confusion qui n’a d’égale  que la manière abrupte de nous asséner ces interprétations comme des vérités acquises et confirmées.

En guise de conclusion

L’ordre contenu dans la matière n’est pas de même nature que l’information dynamique  qui est à la base du vivant. Cette information  qui informe et qui structure  reste  encore  pour une grande part un mystère qui  peut  légitimement amener  le scientifique  à l’émerveillement du père devant le fils nouveau-né  et à contempler au-delà du réel directement observable  une réalité invisible dont la Création est elle-même le vivant témoin. A l’opposé, l’auto-organisation de la matière vivante   nous paraît  être d’une certaine façon une réactualisation  de la génération spontanée dont l’histoire et l’étude des motivations restent à faire.

 

Pour citer cet article  Forme et Métaphysique, Laurent LEBORGNE,  Janvier 2014

http://renegrenoble.unblog.fr/2014/01/05/forme-et-metaphysique/

[a]  KANT  dans la  Critique de la Raison Pure ( 1781) traduction d’Alain RENAUT, GF, 2001 p 530  à 545,  s’adresse essentiellement  à la preuve ontologique développée par Descartes et en cela, nous le suivons volontiers. Par contre, ses écrits sont beaucoup plus discutables lorsqu’il  pense pouvoir  réfuter  la preuve cosmologique  et la preuve physico-théologique en les ramenant  à la preuve  ontologique. Ce sujet a  été traité par Etienne GILSON  dans l’Etre et l’essence  mais également par Claude TRESMONTANT et plus récemment par   Paul CLAVIER et Richard  SWINSBURNE.  L’Eglise quant à elle  a réaffirmé la validité de la théologie naturelle avec les conciles Vatican I ( DS 3004) et Vatican II ( DV 6 )  et plus près de nous dans l’encyclique Fides et Ratio de Jean Paul II ainsi que dans le  CEC 36 .

[b]  devra faire l’objet d’un article séparé

[i]  1 Ro 18-20
[ii] Le concordisme n’est nullement  l’argument cosmologique, il en est une dérive,  il consiste bien souvent  dans la tendance  à vouloir faire dire aux Ecritures ce que la science d’aujourd’hui  nous apprend. L’exemple le plus  courant de concordisme  est  celui d’assimiler la théorie du Big-Bang au discours biblique de la Création.  Dérive dont l’auteur même de la théorie du Bing Bang, l’abbé Georges Le Maitre nous a heureusement protégés. Nous observons  en fait depuis le XIX ème siècle  à la montée d’un concordisme laic  qui croit pouvoir s’appuyer sur les résultats de la science pour démontrer la non existence de Dieu.
[iii] André PICHOT  Histoire de la notion de vie
[iv]  Cf  Du Monde Clos à l’Univers Infini d’Alexandre KOYRE .
[v]  Cf  Histoire de la notion de vie  et  Expliquer la vie de André PICHOT.
[vi] Claude BERNARD  Leçon sur les phénomènes de la vie cité dans Histoire de la notion de vie A PICHOT, Gallimard, 1993, p 697.
[vii] Idée chère à Claude TRESMONTANT  référence à compléter
[viii]  Claude BERNARD  Introduction  à l’étude de la médecine expérimentale Paris, Pierre Belton, 1966, p 129 cité par Ignace Yapi AYENON  dans La conception du vivant chez Claude Bernard
[ix] Claude BERNARD  op cité p 161-162
[x] On attribue cette critique au jeune médecin  Georges CLEMENCEAU devenu journaliste  et farouche partisan de la génération spontanée . référence à trouver.
[xi]  Malgré certains aspects polémiques  André PICHOT, souligne  dans  Expliquer la vie  page 1121et suivantes  qu’il n’y a pas une correspondance stricte entre l’ADN  et le corps humain. Les théories initiales de WEISMANN et de SCHRODINGER  ( proprement géniales ) d’un déterminisme molécule / phénotype ont dues être révisées. Nous ne savons aujourd’hui , ce qui est beaucoup, qu’associer des éléments de gènes à  des protéines, ce qui ne permet ni de définir les organes, ni l’organisme.
[xii] Citons parmi d’autres, ils sont nombreux les prix Nobel suivants   Francis CRICK,  James WATSON  et Maurice WILKINS  Prix Nobel de médecine  1962, Christian de DUVE , Prix  Nobel de médecine 1974, Ilya  PRIGOGINE prix Nobel de chimie  1977 et plus près de nous Jean-Marie LEHN Prix Nobel de chimie en 1987.
[xiii]  Voir par exemple La nouvelle alliance  Ilya PRIGOGINE   et Isabelle STENGERS   ou encore Le chaos ou l’harmonie de Trinh Xuan Thaun , Gallimard , 2000
[xiv]Ainsi  EINSTEIN ,  pensait,  à l’instar de nombreux scientifiques du XIX et du XX s , le monde comme  éternel et  ne put dès lors se résoudre à tirer toutes les conclusions de ses découvertes. Il  laissa ainsi à son ami Georges LEMAITRE  le développement de la théorie du Big Bang  que critiqua sévèrement l’astrophysicien Fred HOYLE … au nom de l’éternité de l’univers . De même SCHRODINGER n’a pas caché sa sympathie pour la vision spinozienne d’un univers éternel  semblable à Dieu. BERGSON et Teilhard de CHARDIN  dans leur opposition au positivisme scientiste n’échappèrent pas  à  l’ influence de SPINOZA.
[xv] Henri POINCARE  communication à l’Académie des sciences 1881.
[xvi]  La théorie des trois corps a justement pour objet de résoudre le problème de l’interaction du soleil  sur le système terre-lune, problème que n’avait pas pu résoudre le grand NEWTON.
[xvii]  Cf La Lettre du Collège de France no 31, Paris, Collège de France, juin 2011, p. 3-4, ISSN 1628-2329   voir également  l’interview  «  COMPLEXES AUTO-ORGANISÉS »,  L ETINCELLE  de Juin 2009.  Outre les ambigüités épistémologiques décrites ci-dessus ,  il y a nous semble t il dans la volonté de  voir la matière capable de penser un syncrétisme analogue à  celui qui attend  que les ordinateurs de demain accèdent à la pensée réfléchie.  Dans l’ ETINCELLE  Jean Marie LEHN affirme que la pensée est le produit de la matière et prenant  l’exemple de la molécule d’eau,  il souligne la structure  bien particulière de la molécule d’eau  pour suggérer dans un deuxième temps que la pensée « émerge »  sans pour autant être réductible à des interactions chimiques.  C’est bien cette ambigüité que nous cherchons à soulever car cette émergence  ressemble fort à un refus de la Création  qui ne dit pas son nom.
[xviii]  Certains y trouveront une trop grande proximité avec la célèbre montre  tant critiquée par Darwin de William Palley.
[xix] Comme mentionné plus haut, nous ne connaissons encore qu’une infime fraction du mécanisme  de transcription de l’information  et surtout du mécanisme de réalisation des organes et de l’être vivant à partir  de cette information. Ce que nous  « savons » ou ce que nous pouvons déduire  est qu’une information existe sous une forme ou sous une autre capable de se transmettre, de se dupliquer  et  de se transformer de se réaliser en ce qu’elle promet.
[xx]  L’information a pour caractéristique d’être indépendante du  support matériel  qui la véhicule, support matériel auquel elle ne se réduit jamais. Ce qui ne signifie pas nécessairement qu’elle puisse exister en dehors d’un support matériel,  nous retrouvons  le thème  évoqué en première partie  et qui, à des siècles de distance,  a opposé  Platon à Aristote.
 


7 commentaires

  1. etdieucrealunivers dit :

    Pas mal d’enseignement, des efforts louables, bon courage,

    • grenoble rene dit :

      Bonjour
      Vous parlez de nos croyances, ce blog est manifestement un blog chrétien, pourtant dans nombre d’articles, je ne me positionne qu’au seul plan philosophique.
      C’était déjà la position de Thomas d’Aquin qui parlait ainsi de raison naturelle et de raison Révélée.
      Je pense avec Thomas d’Aquin, qu’il est possible de déduire en raison l’existence de Dieu, cette existence n’est donc pas un article de foi ! ( La foi pour le chrétien, c’est la reconnaissance que Dieu est Amour et Père et que Jésus Christ , Fils de Dieu s’est incarné pour nous apporter le salut).
      Donc l’existence de Dieu, est une vérité accessible à tous, c’est en quelque sorte un préalable à la foi et cette vérité nous pouvons donc en discuter en raison avec les incroyants, la conversion du cœur que requiert la foi si Dieu le veut, viendra plus tard ou sans raisonnement particulier … !
      La science de son côté nous permet de mieux appréhender le réel, mais elle est par nature réductionniste. C’est-à-dire qu’elle n’embrasse pas tout le réel, elle considère par exemple l’homme comme un organisme, et non pas comme une personne, un être qui s’appelle Karim ou Laurent.
      Mais la raison ne s’arrête pas à la science. Avant Kant, et ses successeurs tels Heidegger, les philosophes étaient presque tous des scientifiques, car la métaphysique notamment c’est le mouvement de l’intelligence qui au-delà de l’observation de la nature ( physique) voit ce qui est invisible aux yeux.

  2. camiseta españa 2014 dit :

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  3. Marie Odile dit :

    Beau texte pour mieux comprendre comment la forme peut in-former la matière, de manière à en faire un organisme vivant non seulement doté d’un ordre immanent, mais aussi doué d’un principe de vie. Je suis très intéressée par votre souci de faire se rencontrer la philo, la foi et les découvertes récentes de la science. L’apprentissage morcelaire ne nous permet par toujours de faire ces liens par nous-mêmes. Pourriez-vous préciser ce que sont les « énergies pures, et la « matière sombre » (p. 2 du PDF)? pourriez-vous de même expliquer la particularité du virus dans l’information ? Et enfin, je n’ai pas tout à fait saisi comment ceux qui défendent l’auto-organisation du vivant (p. 5) argumentent-ils. Merci de vos précisions !

    Je vous partage un texte, de R. Ruyer, Dans Néo-finalisme (ch. XVI, p. 197), qui rejoint l’idée que tu as traitée selon laquelle l’explication de la structure et de l’ordre du vivant ne peut expliquer l’apparition de la vie, et la capacité d’invention de celle-ci, question qu’il aborde dans ce chapitre à travers la critique du néo-darwinisme :
    Le néo-darwinisme « vaut aux yeux de ses adeptes, comme moyen pour interpréter les faits de finalité sans recourir au finalisme, pour les admettre tout en gardant une bonne conscience scientifique », c’est-à-dire en cherchant à tout expliquer mécaniquement. Puisqu’il faut expliquer la finalité constatée dans le vivant en évacuant le finalisme, autrement dit en écartant comme un « impossibilité logique toute ‘divine and vitalistic guidance’, reste donc la sélection naturelle ».
    Puis Ruyer souligne qu’il « ne s’agit pas de nier le rôle certain, expérimentalement constaté, de la sélection naturelle [...], mais une action favorisante ou défavorisante est une chose, une puissance de formation organique, qui dispenserait de toute direction finaliste, est tout autre chose ».
    Il en vient ainsi, à travers sa critique du darwinisme, à l’idée qu’il faut « admettre au moins un facteur de direction finaliste » à la sélection naturelle; car la sélection ne peut expliquer aucune invention. Il a plus loin une métaphore amusante, disant que la sélection naturelle est à la forme-finalité du vivant ce que la guerre est aux inventions techniques: la guerre stimule certes ces inventions; mais elle ne saurait en être le principe. Il en est de même pour la finalité (et donc en un sens de la forme) qui pour Ruyer ne peut être évacuée par la sélection naturelle (p. 209).

    YYD.

    • grenoble rene dit :

      Bonjour et merci pour votre réaction

      A propos de « l’énergie pure », il faut lire l’énergie prise telle qu’elle
      En fait depuis Einstein, nous « savons » qu’il y a une correspondance entre l’énergie et la matière, ce qui a été popularisé par l’expression E=Mc² , ( E est l’Energie M la masse et c la vitesse de la lumière) et de fait dans les réactions nucléaires de fission ou de fusion, l’énergie récupérée est égale à la quantitée de matière consommée lors de la réaction multipliée par la vitesse de la lumière au carré…. cela donne des quantités énormes….! )
      Je ne m’aventure pas sur l’énergie « sombre », il suffit

      Pour ce qui est des extraits de Mr Ruyer
      je suis naturellement d’accord lorsqu’il dénonce la volonté de nier le finalisme mais reste somme toute réservé lorsqu’il cède au « politiquement correct » en reconnaissant « le rôle expérimentalement reconnu de la sélection naturelle ». En effet, selon le Darwinisme la sélection naturelle combinée au hasard est créatrice de forme évoluée, ce qui est une affirmation gratuite, indémontrable expérimentalement. Il est au contraire probable que le rôle de la sélection naturelle est limité, non pas nul mais second alors que pour le darwinisme, c’est le moteur de l’histoire. ( Attention, ne pas confondre Sélection naturelle avec Evolution, l’Evolution est en grande partie un fait démontré, l’explication par la sélection naturelle est une théorie que nous sommes en droit de critiquer) . la thèse que je défends est que non seulement la Sélection naturelle a plus d’affinités avec l’idéologie malthusienne dont Darwin est le débiteur qu’avec la science, mais que de plus les connaissances actuelles sur le rôle primordial de l’information dans l’organisation du vivant permettent justement de dire sur la base d’observation du vivant que celui-ci est une réalité in-formée et donc par essence non construite par le hasard…

      A propos de l’auto-organisation, il n’y a aucune explication scientifique à trouver…l’auto organisation est tout simplement un leurre ou un refuge pour ceux qui cherchent -sincèrement ou pas – à concilier la sélection naturelle avec l’observation du vivant. les théories de l’auto organisation relèvent en quelque sorte d’une jolie histoire qui n’engage que ceux qui veulent bien y croire. La naissance des théories de l’auto-organisation ou plutot leur renaissance provient en fait plus de l’influence de théories philosophiques coupées de tout réalisme mais cherchant à éviter la question de Dieu….On y retrouve un certain syncrétisme auquel quelques chrétiens ont bien voulu se prêter tels Teilhard de Chardin et dont les thèses retrouvent quelques échos en dehors de tout contexte scientifique et au prix d’un renoncement à la rigueur philosophique.

  4. René dit :

    Je n’ai pas utilisé ici le terme information performative, utilisé dans une autre page du Blog ( Le cas épineux de l’Evolution) mais ce terme par sa redondance me semble bien exprimer ce qu’est le role joué par les cellules séminales dans la reproduction d’un être vivant: réaliser la structure, l’organisme qu’elle annonce. Il me parait ainsi défini dans la ligne de la forme aristotélicienne…..

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