Laudato si, un hymne à la Création.

Une lecture rapide de la nouvelle encyclique du pape François sur l’écologie peut donner l’impression que l’annonce

de l’ Evangile y est secondaire.

Certains pensent d’ailleurs, que le Pape se plonge là dans des questions techniques qui excèdent ses compétences.

Mais « Laudato si » apporte une lumière beaucoup plus profonde,  et si nous voulons bien la lire,

elle prend le temps de nous introduire dans une perspective susceptible de modifier notre regard sur la nature.

 

Laudato Si, une critique de la modernité en tant qu’elle réduit la création à un simple objet d’expérience

En introduction de son encyclique le pape François nous invite à bien saisir les

fondements de la crise écologique « [ toutes ces Loué sois tublessures ] sont dues au

même mal, c’est-à-dire à l’idée qu’il n’existe pas de vérités indiscutables

qui guident nos vies, et donc que la liberté humaine n’a pas de limites.

On oublie que «l’homme n’est pas seulement une liberté qui se crée de soi.

L’homme ne se crée pas lui-même»[6].

 

S’appuyant sur le beau modèle de Saint François qui sans cesse loue le

Créateur pour sœur nature, il précise que « Cette conviction ne peut être

considérée avec mépris comme un romantisme irrationnel, car elle a des

conséquences sur les opinions qui déterminent notre comportement »[11].

 

A l’opposé « la modernité voit ..la nature ..sous la forme d’un espace

et d’une matière»[115] tandis que « la personne humaine est considérée

seulement comme un être parmi d’autres, qui procéderait des jeux du

hasard ou d’un déterminisme physique » [118].

 

 La révolution du XVII ème siècle ou l’irruption de la modernité.

Le XVII ème siècle qui fut celui de Galilée, Descartes et Newton, a été l’occasion d’un changement radical dans la manière de voir la nature : l’homme est passé d’un cosmos ordonné et clos à un univers chaotique et infini.

La nature selon l’antiquité procure la vie et l’être, le christianisme y voit l’œuvre de Dieu, deux visions qui mènent à la contemplation de la nature comme mère ou comme réceptacle de la vie.

A l’opposé, la nature vue par Bacon, Descartes et Galilée est réduite à un objet mécanique qu’il s’agit de mettre en équations pour mieux la dominer. Écoutons Descartes qui a véritablement conçu cette rupture : « au lieu de cette philosophie spéculative, qu’on enseigne dans les écoles, on peut en trouver une pratique, par laquelle connaissant la force et les actions du feu, de l’eau, de l’air, … nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature ». ( Discours de la Méthode ) .

Ce n’est pas seulement la relation de l’homme à la nature qui est bouleversée, c’est la conception même de l’homme. L’homme de Descartes n’est plus un animal raisonnable à qui Dieu à confié la création mais un être pensant « Je suis donc une chose qui pense rien de plus » ( Méditations métaphysiques) étranger à son propre corps. L’homme s’affirmant comme seul être pensant se place au sommet l’univers, s’en proclame le maître et se libère de toute transcendance.

Ayant pris la place de Dieu, l’homme moderne n’aura pas tardé à proclamer sa mort : le XIX ème siècle développa un athéisme « scientifique » promu au rang de modèle incontestable dans l’ Occident du XXI ème siècle. Cet athéisme qui en toute raison devrait conduire au nihilisme selon ses propres partisans se traduit dans le plus souvent par un relativisme bien plus confortable au commun des mortels.

-  La remise en cause de ce relativisme pratique par Laudato si

Le pape François n’hésite pas à condamner ce « relativisme pratique » « Quand l’être humain se met lui-même au centre, il finit par donner la priorité absolue à ses intérêts de circonstance, et tout le reste devient relatif. … Il y a en cela une logique qui permet de comprendre comment certaines attitudes, qui provoquent en même temps la dégradation de l’environnement et la dégradation sociale, s’alimentent mutuellement ». [122].

« si l’être humain ne redécouvre pas sa véritable place, il ne se comprend pas bien lui-même et finit par contredire sa propre réalité : « Non seulement la terre a été donnée par Dieu à l’homme, qui doit en faire usage dans le respect de l’intention primitive, bonne, dans laquelle elle a été donnée, mais l’homme, lui aussi, est donné par Dieu à lui-même et il doit donc respecter la structure naturelle et morale dont il a été doté».[115].

Le Pape nous invite fortement à dépasser «les fausses dialectiques des derniers siècles » et à changer notre regard, il nous appelle à un écologisme intégral dans lequel nous sommes appelés à changer notre regard non seulement sur la nature, mais sur la place de l’homme parmi ses frères sous le regard de Dieu.

En effet « dire ‘‘création’’, c’est signifier plus que ‘‘nature’’, parce qu’il y a un rapport avec un projet de l’amour de Dieu dans lequel chaque créature a une valeur et une signification. La nature s’entend d’habitude comme un système qui s’analyse, se comprend et se gère, mais la création peut seulement être comprise comme un don qui surgit de la main ouverte du Père de tous, comme une réalité illuminée par l’amour qui nous appelle à une communion universelle. …

« Par la parole du Seigneur les cieux ont été faits » (Ps 33, 6). Il nous est ainsi indiqué que le monde est issu d’une décision, non du chaos ou du hasard, ce qui le rehausse encore plus. Dans la parole créatrice il y a un choix libre exprimé. L’univers n’a pas surgi comme le résultat d’une toute puissance arbitraire, d’une démonstration de force ni d’un désir d’auto-affirmation. La création est de l’ordre de l’amour. L’amour de Dieu est la raison fondamentale de toute la création » [76 et 77].

Laudato si est bien une encyclique sur l’écologie, et c’est du même coup une invitation à changer notre regard sur la Création.

« Laudato si , Loué sois mon Seigneur ». «Le monde est plus qu’un problème à résoudre, il est un mystère joyeux que nous contemplons dans la joie et dans la louange.» [12]

 

 

L Leborgne

 

 

 


2 commentaires

  1. iweins dit :

    Laurent,

    Le point que tu développes est en effet fondamental. Il est essentiel que nous prenions conscience du fait que la technique interfère sur notre perception du monde et qu’à la culture de l’innovation induisant celle du déchet et, en définitive, une diminution de l’homme succède la culture du Renouveau.

    Amitiés

    Patrick

  2. Iweins dit :

    Merci !

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