Le cas épineux de l’évolution Développement

Cet article est un développement de la page Evolution. Le lecteur aura tout intérêt à commencer la lecture en allant à la page Intro et Résumé

Introduction

1. Quelques rappels rapides ( 1-4)

2. Les conséquences intellectuelles du Darwinisme ( 5-7)

Absence de finalité / Fin de l’exception humaine /Hasard et nécessité

3. L’environnement intellectuel de Darwin (8-10)

4. L’évolution des connaissances scientifiques depuis Darwin ( 11-22)

Des difficultés résiduelles et le rôle du hasard réaffirmé avec force …mais inexpliqué

5. Le hasard et l’information sont il antinomiques ? (23-37)

6. La métaphysique  au service du dialogue science et foi ( 38-42 )

7. Evolution et Création  (43-49)

La création retrouvée

8. En guise de conclusion (50)

9. Foi et raison…un dialogue perdu  et retrouvé (51)

 

1- Quelques rappels rapides

1-      A la fin du XVIII ° et au début du XIX° , le développement de la botanique et du naturalisme, l’entreprise de classification du vivant [1],  la découverte de fossiles d’espèces disparues ( New Jersey 1787)  conduisent la communauté scientifique à abandonner la vision biblique d’une création figée de toute éternité au profit de théories expliquant la succession des espèces au fil des âges.

L’observation  et la classification du vivant montre que les différentes espèces possèdent de nombreux caractères en commun  ( par exemple, le tableau  ci-dessous montre la structure commune des membres supérieurs de différentes espèces )   tandis que la découverte de restes fossiles (dinausores) montre l’existence passée d’espèces que l’on ne soupçonnait même pas.

 

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1- Aile de chauve-souris 2- Bras humain 3- Bras d’alligator 4- Aile de puffin cendré. Cf La Recherche n°296, p.60.

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reconstitution de dinosaure ( Kansas )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est le catastrophisme de Cuvier ( 1769-1832)  encore fixiste, le transformisme de Larmarck  (1744-1829)  et enfin la théorie de l’Evolution dont Darwin (1809-1882) fut à la fois l’héritier et le fondateur et  l’architecte incontesté par la publication en 1859   « De l’origine des espèces au moyen de la sélection naturelle, ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie ». [1b].

 

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=> accéder à l'ouvrage

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On peut dire que Darwin
est le deuxième  scientifique moderne,
après Nicolas Copernic (1473-1543),
à avoir produit des travaux
qui bouleversèrent profondément
la conception que
l’homme se faisait de lui-même.

  

[1]  Cf en France  Buffon 1707-1788 avec son Histoire Naturelle  - En Prusse Alexandre Humboldt ( 1769 1859) -Au Royaume Uni Gilbert White (1720 – 1793) , Erasmus Darwin (1731-1802)  sans oublier le Suédois Linné (1707-1778) et sa classification du vivant.   En ce qui concerne les prédécesseurs de Darwin sur le principe de l’Evolution, outre Lamarck, on peut citer  par ordre chronologique Maupertuis, Goethe et Geoffroy de St Hilaire.

[1b]  En 1858, Alfred Russel Wallace (1823-1913) naturaliste aux iles maltaises envoya un essai pour lecture à Darwin,  qui rejoignait les travaux accumulés par Darwin depuis des années. Darwin publia donc l’essai de Wallace en 1858 tout en l’accompagnant d’un de ses propres articles. ( cf introduction Origine des espèces , 6 ème édition),

2- La micro évolution (dérives à l’intérieur d’une espèce donnée ) est un fait reconnu et observé.

- La macro évolution ( apparition successive des différentes espèces  par   »descendance avec modification » ) est une hypothèse très probable qui peut légitimement être considérée comme acquise par la science  à défaut d’autre connaissance plus affinée. Retenons pour commencer que différentes espèces se sont succédées au fil des 4 milliards d’années de la vie sur terre.

3-      La distinction entre micro évolution et macro évolution est nécessaire si l’on veut tenir correctement compte des difficultés spécifiques à la macro évolution. En témoigne la diversité des schémas explicatifs du passage d’une espèce à une autre.

4-       Retenons  comme définition du (néo) darwinisme, l’affirmation d’une évolution générale des espèces  par descendance ayant pour seul moteur le hasard des petites variations génétiques et la sélection naturelle à l’exclusion de toute intervention extérieure et de toute finalité.

La théorie de l’évolution est  très souvent présentée comme un bloc monolithique définitivement acquis. L’étude de l’histoire des théories de l’Evolution  ( cf  entre autres  S.J. Gould  La structure de la théorie de l’évolution aux éditions Gallimard ) suffit à démontrer qu’il n’y a pas une mais plusieurs théories  qui s’affrontent et s’opposent   parfois à l’intérieur du darwinisme même, si bien qu’il serait plus juste de parler d’un cadre conceptuel.

2-Les conséquences intellectuelles du Darwinisme

 Absence de finalité.

5-      Darwin avait très bien perçu les conséquences intellectuelles de  son essai, en témoigne ce passage tiré de son livre De l’Origine des espèces

« L’être humain ne doit pas son existence à une volonté divine,  ni à un projet inhérent à la nature,  mais plutôt à une longue évolution biologique non orientée,  régie uniquement par les lois aveugles de la sélection naturelle ».

Fin de l’exception humaine

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6-      Aujourd’hui à la suite de Darwin, l’homme  rejette toute idée de création.  C’est « La fin de l’exception humaine ».  A travers ce livre, J M Schaefer explique que l’homme fruit du hasard et de la nécessité ( Monod) ne saurait être le fruit d’une création et d’un vouloir spécifique. Dieu  a donc été rejeté par les philosophes modernes tels Feuerbach, Marx, Nietsche, Auguste Conte et Sartre  et mis au rancart.

 L’homme ne saurait se distinguer de l’animal,  son intelligence ne saurait lui conférer un statut  à part. L’humanisme athée que décrivait le Cardinal de Lubac [4] se transforme en anti humanisme radical.

 Hasard et nécessité

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7-  Monod ne disait pas autre chose lorsqu’il écrivait dans son livre « Le hasard et la nécessité »  :

« L’ancienne alliance est rompue ;   l’homme sait enfin qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’Univers d’où il a émergé par hasard.  Non plus que son destin, son devoir n’est écrit nulle part.  À lui de choisir entre le Royaume et les ténèbres ».

3-L’environnement intellectuel de Darwin

 8-Outre les  naturalistes que nous avons déjà mentionnés,  Darwin a été fortement influencé par Adam Smith ( 1723-1790)  et peut être dans une moindre mesure par Robert Malthus  ( 1766-1834) .

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Adam Smith

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Robert Malthus

 

 

 

 

Le premier  est un moraliste et un économiste, membre de la « Lunar society » fondée par le botaniste Erasmus Darwin grand père de Charles Darwin, tandis que le second est un économiste ( pasteur de surcroît ).  Adam Smith a théorisé la loi du marché dans La Richesse des Nations : Dans une situation de libre échange,  le marché trouve son optimum par le comportement compétitif égoiste des individus en dehors de toute finalité collective. Malthus   observant que la terre ne peut nourrir des population indéfiniment croissantes  développe ses théories de compétition et de survie des meilleurs  dans son ouvrage Le Principe de population. Il est l’élève de Hobbes pour qui  l’Etat de guerre est l’état naturel,  c’est « la guerre de tous contre tous ».

Le mécanisme sous jacent de l’ Evolution, tel que décrit dans la théorie de Darwin  peut donc être analysé comme une transcription au monde animal  et végétal des théories sur l’économie humaine de Smith et  de  Malthus . Cette transcription n’est cependant pas sans novation mais permet de souligner que la révolution darwinienne était d’une certaine mesure en marche avant Darwin.

 9- Erasmus Darwin, ( 1731-1802) fut médecin, ingénieur et brillant intellectuel.  Il est parfois considéré comme le principal inspirateur de Charles Darwin.   En 1794, Erasmus Darwin publia Zoonomia, or, The Laws of Organic Life dans lequel  il expose des idées évolutionnistes. S’interrogeant sur les raisons de la présence de coquillages fossilisés au fond des mines ainsi que sur le développement des bactéries qu’il observe au microscope, il en vient à remettre en cause la doctrine alors dominante du Créationnisme et fait jouer un rôle à la sélection sexuelle dans l’évolution des espèces. ( source wikipédia).

10-  Erasmus Darwin  connaissait  très probablement les idées  transformistes de Diderot  exprimées  dans Pensées sur l’interprétation de la nature  (1753) et  dans son Rêve de d’Alembert  (1763 ).  Il ne s’agit pas ici d’entrer dans des querelles de paternité car Diderot n’était pas naturaliste, mais de souligner que le paradigme  transformiste  a été précédé par le développement philosophique.  Celui-ci a donc permis une remise en cause qui  sans lui n’aurait peut être pas eu lieu,  mais lui a donné du même coup un postulat matérialiste manifeste que nous sommes en droit d’interroger.

Ceci se retrouve  dans l’influence qu’exerçait la philosophie de l’antiquité grecque sur le mouvement des Lumières  du XVIII puis sur le matérialisme  du XIX.

Voir à ce propos le  livre très pédagogique de Brunor  L’Univers imprévisible. aux éditions du CERF.

Voir également la note [4b] sur Feuerbach et Marx et les influences réciproques de ces deux auteurs sur Darwin.

 4- L’évolution des connaissances scientifiques depuis Darwin

11-   Depuis Darwin, les travaux de Mendel (1822-1884)  sur l’hérédité ont été redécouverts au début des années 1900 : les êtres vivants transmettent de l’information dans leurs gênes. Ces travaux ont été complétés par la découverte de l’ ADN  et de son rôle de véhicule de l’information génétique par Crick et Watson en 1953.

12-   Ce n’est pas seulement le monde animal qui est informé par l’ ADN, c’est la totalité du monde vivant. L’intégration des découvertes relatives à l’ADN à la théorie de Darwin donna ce qu’on appelle aujourd’hui la théorie synthétique de l’évolution ou néo darwinisme. Les variations imaginées par Darwin  correspondraient aux variations génétiques, la sélection naturelle jouant toujours son rôle d’orientation non finaliste des variations successives.  L’ assimilation des variations infimes de Darwin aux mutations génétiques est aujourd’hui  généralement admise, celle-ci ne se fit pas sans résistance  et n’emporte pas toujours l’adhésion des biologistes, en témoignent notamment  les fortes réticences exprimées par le Professeur Pierre Paul Grassé, (1895-1985)  biologiste de renom , dans son livre  L’Evolution du vivant . PP Grassé refuse  principalement le rôle donné  au  couple mutation due au hasard / sélection naturelle qui dans la théorie darwinienne exclut toute finalité qu’elle soit interne à l’individu ou externe.

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13-   La théorie de la transmission des caractères acquis  due à Lamarck et reprise par Darwin a été abandonnée.

14-   La théorie de la génération spontanée ( reprise par Diderot , maintenue par Darwin ) a été abandonnée suite aux travaux de Pasteur ( 1862) mais réintroduite sous une autre forme suite aux travaux de Stanley Miller ( 1953). Ces travaux admis par certains restent fortement discutés dans leur fondement et leur signification [5].

15-   La théorie d’un univers existant de toute éternité qui dominait  dans le courant du XIX ° siècle  a été abandonnée.

La théorie d’un univers existant de toute éternité qui dominait  dans le courant du XIX ° siècle  a été abandonnée.  En effet L’abbé Georges Lemaitre ami d’Einstein fit dès les années 1920 l’hypothèse d’un commencement de l’univers sur la base des équations de la relativité.  Cette hypothèse fut  d’abord assez mal accueillie d’où le sobriquet de Big Bang  dont fut affublée la théorie de Lemaître. Ce n’est que dans les années les années 1960 notamment avec les expériences de Penzias et Wilson que cette théorie reçue une confirmation expérimentale.

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=>Plus d'info sur la théorie de l'abbé Lemaitre

Il est maintenant admis que l’univers à 14 milliards d’année, et la terre 4,5 milliards d’années

16-   La vie serait apparue au bout d’une période relativement courte :  500 millions d’années. 

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=> aller sur la page de sciences et avenir

Surtout, nous savons que dès le commencement  de la vie sur terre,  celle-ci était structurée par l’information.

Plus les connaissances augmentent, plus le temps donné au hasard pour trouver la bonne combinaison paraît court.

17-Les résultats de la Paléontologie (dont l’activité la plus connue est la  recherche de  restes fossiles lors de fouilles de terrain )  ont conduit certains scientifiques  à renoncer à  l’hypothèse du gradualisme au profit du saltationnisme :  les évolutions ne seraient plus l’objet d’un processus lent et continu de modifications infimes mais l’objet de macromutations  génératrices de sauts évolutifs rapides  suivies et précédées de longues périodes de stabilité. ( Cf S J GOULD, La structure de la théorie de l’évolution ).

18-  Les thèses liées à l’ontogenèse ont dues êtes abandonnées

Darwin pensait que la similitude des embryons était la preuve d’un ancêtre commun.( cf  De l’Origine des espèces  au  chapitre Développement et embryologie) . Haeckel  ( 1834-1919)  voulu le démontrer  mais ses travaux furent voués à l’échec et figurent aujourd’hui parmi les faux célèbres.

 Comme ces exemples  non exhaustifs tentent de le montrer, la théorie de l’Evolution n’a jamais été un bloc monolithique intangible. Comme toute science, c’est un ensemble d’interprétations qui sont reliées à des faits bien réels. Dans le cas de l’Evolution,  le phénomène est amplifié  nous  n’avons pas toujours accès à l’expérience, nous n’avons bien souvent que des faits bruts.  

Des difficultés résiduelles et le rôle du hasard réaffirmé avec force …mais inexpliqué

19-  Difficulté à résoudre le problème de la sélection naturelle sur des étapes intermédiaires

Certaines évolutions sont si complexes et si importantes qu’elles  peuvent difficilement constituer un avantage acquis dans leurs étapes intermédiaires. L’objection ici est double : complexité ( certains parlent de complexité irréductible illustrée par la montre de PALEY ), d’autres se contentent de souligner la longueur des processus  et doutent de l’avantage constitué par les solutions intermédiaires au regard de la Sélection naturelle.

Autrement dit, comment expliquer que les transitions majeures, forcément imparfaites à leur apparition, aient pu être sélectionnées ?

20- La création d’une nouvelle espèce reste une difficulté majeure.   Que les évolutions soient dues à une somme de variations infimes  ou s’effectuent par des mutations conséquentes,  une évolution qui modifie la séquence génique au point de modifier le nombre de chromosomes et leur disposition pose les différents  problèmes  de la viabilité des étapes intermédiaires et de leur  fécondité. Depuis Darwin, différents schémas explicatifs ont été imaginés et sont régulièrement modifiés. La question de l’apparition de l’homme  rassemble toutes les interrogations.

21-  La difficulté principale reste avant tout le rôle prépondérant attribué au hasard dans toutes les théories en vigueur   ( hasard des variations d’une part,  et  absence de finalité dans la sélection d’autre part )  alors que la vie est structurée  par l’information ( l ‘ADN)

22  En Résumé, la question  essentielle face à l’hypothèse du hasard et de la sélection naturelle  est  de comprendre comment le hasard aurait pu produire des formes organisées  de vie structurées par l’information en un temps fut il illimité.

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5. Le hasard et l’information sont il antinomiques ?

23-    Il n’est pas inutile de tenter une définition rapide du hasard, mot d’origine arabe qui comme sa forme latine alea signifie dés ou jeu de dés. Par postulat le hasard est imprévisible,  mais cela ne signifie pas l’absence de cause. Depuis le mathématicien Cournot, on le définit comme la  rencontre de deux évènements n’ayant aucun lien logique entre eux,  ou encore en langage plus mathématique comme l’occurrence de deux variables aléatoires indépendantes, ce qui en termes simples se traduit par l’image du chapeau  et de la tuile.

 

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     Imaginons donc Monsieur Dupont sortir de chez lui, soulever son chapeau par politesse et sympathie à la vue de Mademoiselle Durand.

        Monsieur Dupont n’a que faire de l’immeuble qui est en chantier.

   Aussi ne fait il pas attention au vent qui souffle

 et qui fait tomber quelques tuiles

au moment précis où son auguste crâne était dénudé.

Je me suis attardé sur cette définition classique du hasard, mais le lecteur pourra en trouver bien d’autres.

 

24-  A l’opposé du hasard, l’information  contient une signification en elle-même, elle est d’une nature différente que l’ordre, plus qu’un message codé, elle est un message performatif, qui est appelé à réaliser ( rendre réel )  l’information qu’elle contient. Cette information suppose une langue, une grammaire, un codeur et un décodeur avec ses redondances qui permettent d’éviter ( ou de  limiter) les erreurs de copie. Encore que cette vision de l’information génétique soit elle-même  terriblement réductrice :  la biologie du vivant montre que le  l’ADN avec ses 4 bases  pour se transformer en protéine doit être copié sous forme d’ARN qui seront à nouveaux  traduits dans le langage des acides aminés éléments de base de toute protéine  ( Il existe 20  acides aminés bases et 64 codons) Le langages des acides aminés ayant ses propres redondances.

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25-   Le message contenu dans toute cellule du vivant est plus que de l’information,  c’est de l’information plus la capacité ( ou tout du moins le potentiel nécessaire) à réaliser l’être en devenir.  Un peu comme un CD qui contenant de l’information aurait non seulement la capacité d’être dupliqué mais de participer activement à son processus de duplication…et à se transformer lui- même en chanson.. !

26-   Là où il y a information, là où il y a message et signification, c’est qu’il y a une intelligence qui se trouve à l’origine. Dans notre expérience humaine, tout message intelligible, toute information provient d’une intelligence. Si vous prenez quelques millions de caractères d’imprimerie et si vous les jetez en l’air, lorsqu’ils retombent à terre ils se distribuent dans un certain ordre, mais cet ordre ne contient pas d’information, il ne comporte pas de message. Il faut donc distinguer soigneusement entre l’ordre et l’information [6].

27-   Par la suite je parlerai d’information performative, ou de structure essentiellement informationnelle de la vie pour souligner ce caractère spécifique de l’information à la base du vivant.

On pourra objecter que la vie ne peut être réduite à la seule information génétique, ni même à la chimie : les forces qui permettent la constitution des molécules peuvent-elles suffire à produire le vivant ? Celui-ci possède une propriété nouvelle qui est de se reproduire. Il y a dans la vie une sorte de « volonté de vivre » qui n’existe pas dans le monde pré-biotique.  Ces remarques nous semblent tout à fait justifiées. Nous avons cependant  voulu  limiter notre réflexion sur la seule information, ce qui nous paraît  offrir les bases solides d’une réflexion sur le réel  tout en évitant les dérives vitalistes et spiritualistes.

 28-   Le terme d’information a bien deux sens et l’information performative de l’ADN  actualise pleinement ces deux sens  :

1  L’acte de communiquer ou de recevoir des renseignements, une connaissance, une science.

2 L’acte d’informer une matière multiple pour constituer soit un organisme vivant, soit une oeuvre d’art, par exemple, une statue ou un bol [7].

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La comparaison entre l’organisme vivant et la statue permet de souligner  que dans le domaine du vivant,  il y a création d’un être, d’une substance  nouvelle dont précisément l’information initiale est l’origine,  alors que dans le cas de la statue, la forme n’est en fait qu’un contour et n’est pas une entité en soi. Cette comparaison permet de comprendre un des aspects de cette information performatrice.  Pour Aristote en effet, l’âme est la forme de tout corps vivant. Dans le cas de l’homme,  cette information permet de donner naissance à un nouvel être capable de pensée et de conscience.

29-   La biologie nous dit que toute création d’une espèce nouvelle est une création de nouveaux gènes, ou encore création d’une nouvelle information génétique.

30-  L’observation du réel nous amène à constater qu’il y a augmentation continue d’information. Cette augmentation d’information est là encore un mouvement contraire à celui créé par le hasard . Le hasard ne crée pas d’information . (  par exemple lors de la recopie de messages  et y compris lors de la recopie de message ADN, l’’information se dégrade lors des transmissions. Les erreurs de copie ne peuvent que diminuer  l’information.

31-   Au cours du temps, dans l’histoire naturelle des espèces, les messages génétiques sont de plus en plus riches en information. Il faut davantage de renseignements pour construire une libellule que pour une amibe, et davantage encore pour composer Wolfgang Amadeus Mozart. Donc, au cours du temps, l’information augmente dans l’univers, depuis ses origines jusqu’aujourd’hui [8] et permet non seulement le développement du vivant mais l’apparition de la pensée  et de la conscience.

Cette augmentation d’information  est  un mouvement contraire à celui créé par le hasard  car le hasard ne crée pas d’information.   De plus il y a apparition, c’est à dire création de réalités nouvelles  que sont la pensée et la conscience.

32-  L’univers est donc un système spatio-temporel,  dans lequel constamment, au cours du temps, l’information augmente.

A aucun moment l’Univers ne suffit par lui-même à rendre compte de cette nouvelle information et contrairement à certaines affirmations ( Prigogine) l’ordre ne saurait naître du chaos.[1]

[1]  Si l’ordre ne naît pas du chaos, il faut cependant se garder d’assimilations trop rapides faites parfois en ce domaine à propos de l’entropie et du second principe de la thermodynamique.  Ce principe permet d’affirmer  que l’irréversibilité du temps  n’est pas  un phénomène propre au vivant, mais  doit être soigneusement distingué du problème de l’information du vivant.

Le second principe de la thermodynamique  du à Carnot (1825)  et  Clausius ( 1865)  affirme que ,  » La chaleur ne passe pas spontanément d’un corps froid sur un corps chaud  » . Par la suite Clausius a interprété le second principe comme une loi de la nature signifiant que celle-ci tendait à évoluer vers un plus grand désordre, c’est à dire une plus grande uniformité.  Les travaux de Clausius ont été complétés par Boltzmann et  Gibbs dans les années 1870 . De telle sorte que le second principe de la thermodynamique est maintenant énoncé  sous la forme suivante   » Dans un système isolé,  l’entropie ne peut que croître au cours d’une transformation » .  Autrement dit tout système évolue spontanément vers une plus grande uniformité.  Le second principe exprime le fait que certaines évolutions peuvent avoir lieu dans un sens et pas dans l’autre. Ces travaux sont à distinguer de la théorie du signal de Shanon développée dans les années 1950  , appelée également théorie de l’information et  pour laquelle Shanon  a défini une mesure appelée … entropie qui permet de caractériser le nombre de bits  nécessaire à la transmission d’une information.

Il peut être tentant d’affirmer que le principe de l’entropie démontre la nécessité d’une cause extérieure. D’autres prétendent que le principe de l’entropie  peut localement  être dépassé…. Nous préférons sur ce sujet rester prudents et nous focaliser sur la signification de l’information ( voir plus loin )  en effet  :

 - Notre terre constitue un système ouvert qui reçoit en permanence de l’Energie, la terre n’est pas un système isolé.  Donc en toute rigueur, on ne peut  affirmer , sur  la base du seul principe de l’Entropie  que  l’ ordre ne  peut que décroitre sur Terre.

- A l’opposé certains ont  imaginé que l’entropie ( le désordre)  puisse localement diminuer et  s’appuient notamment sur les écrits  de Prigogine,  ( Prix Nobel de Chimie  1977)  pour affirmer  que l’ordre peut localement naître du désordre.   Les rares exemples avancés  tels la répétition de patterns  ( motifs ou trajectoires ) dans le chaos, ( Les  tornades  bien qu’apparemment chaotiques ont une structure  )  montrent qu’une  confusion entre différentes notions est entretenue  . Une répétition de pattern dans une structure chaotique  peut être confondue avec un ordre par une personne bienveillante, mais ne peut en aucun cas être  confondue avec une information.  Passons sur l’absence de codage  et disons simplement que l’ordre d’une tornade n’a  pas de signification  intrinsèque, ne véhicule aucun message,  tant et si bien d’ailleurs qu’il disparaît et réapparaît en fonction de conditions climatiques . Nous sommes donc dans un autre champ que celui de l’information performatrice de l’ADN  tel  vu plus loin   aussi les transpositions que Prigogine  lui même fait de ses observations sur les structures chaotiques  à la vie  sont pour le moins hasardeuses et ne relèvent pas de la science mais du roman.

- Malgré une analogie de forme,  le rapprochement de l’entropie  utilisée en thermodynamique avec celle utilisée en théorie de l’information doit se faire avec prudence  ( les personnes intéressées pourront consulter  à ce propos l’article de philosciences) .  

- Enfin  comme déjà indiqué, l’information  biologique est beaucoup plus qu’une séquence que l’on caractérise par son entropie,  c’est un message qui a une signification  et une capacité performatrice, réduire  le message biologique à une séquence, ou à un ordre   et par la suite se contenter de la caractériser par l’entropie ( de Shanon)  est donc bien trop réducteur.

 Dans les paragraphes ci-dessus, nous avons indifféremment parlé de création d’information ou d’augmentation d’information.

A vrai dire,  il est plus pertinent de parler de création, mais c’est là une position métaphysique que nous voulons soutenir en raison  et non une position  » scientifique ».

Certains à la suite du monisme de  Spinoza  ont cru pouvoir imaginer que l’information était déjà contenue dans la matière initiale  et se révélait au fur et à mesure  de l’Evolution  réinventant ainsi la notion de forme au profit de celle de l’émergence(1)   mais en y associant celle d »auto-organisation . Pour d’autres à la suite de Prigogine,  cette auto organisation est le fruit du hasard en dehors de toute finalité . [ ce paragraphe  mérite un développement /// à reformuler ?]   Pour le moment retenons l’objection formulée par Jean Zin à Henri Atlan dans son article Auto-organisation et sélection génétique  , je cite la phrase dans son intégralité même si je ne suis pas  intégralement Jean Zin  me contentant de souligner la partie essentielle à mon sens « La nécessité de réintroduire les effets globaux, la complexité et les phénomènes d’émergence ne devrait pas nous obliger pourtant à tomber dans une sorte d’obscurantisme, expliquant un mystère (l’organisation des organismes) par un mystère encore plus grand (leur auto-organisation miraculeuse) ! Le fait qu’il y ait de l’auto-organisation partout, ce qu’on ne contestera évidemment pas, n’implique nullement que cela lui donnerait un caractère explicatif de quoi que ce soit pour son orientation vers une f in précise (sélectionnée seulement après-coup), ce serait revenir avant Darwin« .

Ne s’agit il pas là  dans les deux cas ( explication par l’auto organisation , explication par le hasard )  d’une tentative  d’évitement pour ne pas dire de refus  devant le constat objectif  de la création ? Si nous ne pouvons dire comment cette création a eu lieu, l’honnêteté intellectuelle nous oblige à reconnaître qu’une information qui était absente est maintenant présente , ce que nous appelons création. L’auto-organisation  n’est elle pas comme le hasard un principe explicatif dont nous avons besoin pour éviter le problème et résoudre à tout prix le mystère. ( voir mon article «  reconnaître la réalité du mystère » ), expliquant le mystère par un autre mystère ( une idole) .

(1) Le terme émergence est apparu au tout début du XX ° siècle et désigne l’apparition de caractéristiques nouvelles dans un système complexe, caractéristiques qui n’étaient pas contenues dans les  éléments individuels constitutifs du système pris isolément, il rejoint donc le concept de forme mais en lui retirant la connotation finaliste que comporte ce terme.

33-  Pour rendre compte d’une composition qui contient un message intelligent et intelligible, contenant une information, il faut une intelligence.

34-   En conséquences,  sans remettre aucunement le fait de l’évolution, nous pensons que l’affirmation centrale du rôle du hasard et de la sélection naturelle  et l’exclusion de toute autre explication  résulte d’une option philosophique et ne peut être retenue scientifiquement [9].

 Le hasard peut donc être complémentaire d’une finalité ,

mais l’affirmation du rôle exhaustif du hasard et de la sélection naturelle  

n’est pas compatible avec la structure informationnelle de l’ensemble du vivant.

 35-

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   Il n’est pas question ici de nier le rôle du hasard  dans nombre de mécanismes, mais ce   hasard  qu’il soit la mesure de notre ignorance ou une véritable dispersion aléatoire d’une variable, évolue lui-même selon des lois précises, il respecte la structure du vivant, il se coule dans sa structure du vivant et en respecte la codification et le dynamisme. Autrement dit le hasard se superpose à une dynamique qui admet ses propres lois. Le hasard  peut donc se superposer à la finalité.

 36-    Osons une image,  si je pars faire du vélo en centre ville au hasard, je n’en respecte pas moins les lois de la dynamique, un fonctionnement au hasard ferait que je ne ferai pas trois mètres sans tomber.  Je peux rencontrer des amis au hasard de mes rencontres, mais je n’en n’ai pas moins l’intention d’aller en librairie, objectif que je finis par atteindre malgré les hasards du chemin.

37-   Le hasard peut donc être vu comme une dispersion à l’intérieur d’une dynamique ordonnée commandée et dirigée par un système d’information et nous le verrons plus loin une volonté, mais nous sortons ici du pur domaine de la science.

Devant cette réalité, nombre d’auteurs ont maintenu l’affirmation du hasard.  Dans de nombreux cas, cette affirmation est faite en utilisant la répétition, l’argument d’autorité  y compris dans des livres a prétention scientifique [1] . Les auteurs de vulgarisation n’hésitent pas à utiliser l’anathème  contre  tout porteur d’objections.  Les objections elle-mêmes étant le plus souvent  ignorées  ne sont naturellement pas objet de débat.

Le hasard apparaît de plus en plus comme un a priori  qu’il n’est pas bon de remettre en question car cet a priori est précisément  l’un des deux piliers de l’orthodoxie darwinienne ( Cf  S J GOULD   qui décrit très bien cette orthodoxie  tout en y appartenant lui même pour une large partie  ( La Structure des théories de l’Evolution).

Pour éviter toute ambiguïté,  nous avons dans un paragraphe séparé, montré comment Darwin avait pu être influencé par le matérialisme de son époque  lors  de ses réflexions sur les mécanismes sous jacents de  l’Evolution.

Si nombre de philosophes se sont ensuite  emparés de cette question du hasard pour tenter de consolider leur matérialisme, l’attachement des scientifiques au hasard   ne me parait pas du même ordre.  Bien sur, le conformisme n’est pas à écarter : qui n’a pas entendu un scientifique affirmer ses doutes dans ce domaine … mais pour la plupart ce sera en petit comité seulement [2].  Une autre explication tout aussi prégnante de cette absence de remise en cause est  je crois la crainte de se voir imposer une  finalité .  Qu’il y ait finalité ou non, celle-ci n’est en effet pas du domaine de la science [3].

Pour résoudre cette difficulté, la littérature scientifique refusant de parler de finalité  a, pour s’en préserver, développé  le terme de téléologie, [4] , mais ceci ne trompe que les auditeurs complaisants ou négligents. C’est tout le vocabulaire scientifique qu’il faudrait réinventer pour  cacher en vain cette finalité qui se révèle à qui veut l’entendre derrière les mots de code génétique, transcription, programme . 

[1]  Le Darwinisme  après avoir été précurseur se retrouve en phase d’autoritarisme. Or il faut du temps pour qu’un paradigme succède à un autre.Max Planck écrit dans son Autobiographie scientifique, à propos de la crise provoquée par ses propres découvertes au début du XXesiècle : « Une vérité nouvelle en science n’arrive jamais à triompher en convainquant les adversaires et en les amenant à voir la lumière, mais plutôt parce que finalement ces adversaires meurent et qu’une nouvelle génération grandit, à qui cette vérité est familière. » 

Il n’est pas inutile à ce stade de rappeler que le néo-darwinisme, qui pense tout expliquer par des processus de mutations au hasard suivi de la sélection du plus apte, n’est pas une théorie scientifique comme celles de la physique car il ne fournit pas de prévisions qui puissent l’exposer à réfutation.  Elle ne permet au mieux que des rétro-dictions vers le passé. C’est tout au plus un paradigme qui a eu son utilité, mais on peut se demander s’il ne bloque pas maintenant les possibilités de développement d’idées différentes.  Cf  Revue Connaitre N° 26-27  p 134 et suivantes.

[2]  on attribue à JSB Haldane le bon mot suivant   »La téléologie est comme une maîtresse pour le biologiste : il ne peut pas vivre sans elle, mais il ne veut pas être vu avec elle en public.  On trouvera une très intéressante recension du rapport ambigu que les scientifiques entretiennent avec le hasard malgré un discours officiel  plus monolithique http://profbof.com/evolution/

[3] c’est un des reproches que l’on peut faire aux partisans de l’Intelligent Design.  Si nous devons être prudents vis à vis de l’Intelligent Design, l’honnêteté impose d’écouter les objections émises et de ne pas aboyer avec les loups qui les considèrent comme des créationnistes  ( voir à cet effet l’article de Philippe Gagnon  dans le n°26-27 de la revue Connaitre ).  Suivons Paul Clavier ( N° 34 de la même revue , « La thèse métaphysique d’un Intelligent Design qui aurait organisé le monde n’est pas une thèse scientifique. La thèse métaphysique qu’il n’y a pas d’Intelligent Design n’est pas non plus une thèse scientifique. La question métaphysique de savoir si le monde doit son existence à un agent surnaturel demeure entière. Personne n’est obligé de se poser cette question métaphysique. Une réponse théiste ou athée à cette question métaphysique réclame une justification ».

 [4] cf  le dernier ouvrage de E MAYER  Après Darwin - La biologie, une science pas comme les autres, Dunod.

 6 . La métaphysique  au service du dialogue science et foi

38-   Pour autant, nous prendrons garde à ne pas récupérer nous même la science au service de notre foi. La science est par nature une réduction du réel  et sa démarche doit rester dans le cadre d’un matérialisme méthodologique.

Nous devrons veiller à ce que la nécessaire distinction entre approche philosophique et démarche scientifique soient rendues explicites de manière à éviter toute récupération de l’une par l’autre.

39-   C’est ainsi que l’homme de  science peut en raison reconnaître l’existence d’une finalité dans le réel qu’il étudie. La contemplation de cette finalité le fait dès lors entrer dans une démarche philosophique tandis que sa démarche scientifique a pour vocation de remonter aux causes efficientes.

L’observation des faits nous amène à dire qu’il y a plus qu’un message intelligent et intelligible, il y a également l’expression de ce qu’on pourrait appeler une volonté à l’oeuvre. 

40-   La métaphysique est en droit d’utiliser les connaissances scientifiques pour en raison étudier la possibilité d’une cause finale ou l’existence d’une cause première, cette étude est dès lors en dehors du domaine de la science. 

41-

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L’existence de causes immédiates démontrées par la science

ne saurait exclure la nécessité d’une cause finale ou d’une cause première.

La démonstration que la flèche est poussée par la tension de la corde

ne saurait expliquer la volonté de l’archer de tuer son père.

 

 

La science s’appuie sur les causes premières, elle ne saurait s’appuyer sur les causes finales. L’existence de causes premières ne contredit en rien la nécessité d’une cause finale. :  Autrement dit ainsi que le souligne Paul Diel dans psychologie de la motivation » L’essai théorique (Darwin) de réduire la finalité biologique à un épiphénomène plus ou moins hasardeux de la causalité, en expliquant l’évolution comme étant la conséquence du combat pour la survivance, prouve finalement, de la manière la plus éloquente, le contraire de ce qu’il voudrait prouver. La théorie ne parvient pas à remplacer la finalité par la causalité, mais à prouver que la finalité, dominant toutes les manifestations de la vie, se sert de la causalité pour aboutir à ses fins évolutives ».

42-   Notre démarche philosophique se veut une démarche réaliste* et métaphysique*

Réaliste car nous considérons que l’univers et l’autre existent de façon objective indépendamment de nous.

Réaliste car nous pensons à la suite d’Aristote et de Thomas d’Acquin que nos sens et notre intelligence bien conduite peuvent nous amener à percevoir ne serait ce qu’une partie cette réalité.Dit autrement , le monde existe et n’est pas une illusion.

Métaphysique, nous osons penser à la suite de St Thomas et de Jean Paul II et que l’être humain est une personne, un cosmos à part entière, irréductible à la démarche scientifique, l’être en tant qu’être est un mystère qu’il nous faut accepter en tant que tel.

Métaphysique, car nous pensons sur la base de données expérimentales que la  matière est informée  et que cette information recouvre une nature spécifique dans le cas de l’homme, ce que l’on appelle conscience en langage courant et que nous voulons conserver sous l’appellation d’âme spirituelle pour bien la dégager de l’information du monde animal  « animé ».

Métaphysique, car nous pensons  que l’homme est capable d’une démarche rationnelle  et qu’ainsi que l’affirme l’ Aquinate, « L’existence de Dieu et les autres vérités concernant Dieu, que la raison naturelle peut connaître, comme dit l’Apôtre (Rm 1, 19), ne sont pas des articles de foi, mais des vérités préliminaires qui nous y acheminent. En effet, la foi présuppose la connaissance naturelle, comme la grâce présuppose la nature, et la perfection le perfectible. Toutefois, rien n’empêche que ce qui est, de soi, objet de démonstration et de science ne soit reçu comme objet de foi par celui qui ne peut saisir la démonstration. » Somme Théologique Prima Pars Quest 2 art 2) .  A ce stade de notre enquête, nous avons été étonnés de la non connaissance de la théologie naturelle*  par nombre de scientifiques et théologiens modernes. Ce n’est pas tel ou tel aspect de la théologie naturelle qu’ils discutent, mais la possibilité même de cette théologie naturelle qui est niée avec un a priori qui montre leur méconnaissance de ce sujet.

Au contraire, nous pensons que la théologie naturelle, ou approche rationnelle de l’existence de Dieu est le socle de tout dialogue entre foi et science. Faute de cette approche, nombre de nos éminents contemporains  passent directement de la science à l’écriture biblique et tombent  dans divers travers qui s’expriment tantôt sous forme de rationalisme*, tantôt sous forme de concordisme*  ou de fidéisme*. Ces dérives sont malheureusement très répandues et il nous paraît plus que nécessaire de répondre à l’appel de Benoit XVI exprimé dans son discours de Ratisbonne.  [1]

A ce propos, je recommande pour sa pédagogie et son honnêteté, le livre  de Paul Clavier  » Qu’est ce que la théologie naturelle »  aux Editions Vrin.

7. Evolution et Création

43-   Dans ce cadre, le chrétien est amené à replacer l’hypothèse de la création comme une hypothèse tout à fait valable scientifiquement. Libéré du dogmatisme du hasard, issu du matérialisme philosophique, il peut aborder la question de l’Evolution sous un jour nouveau.

C’est ainsi qu’il faut lire à notre avis la reconnaissance par Pie XI en 1950 dans Humani Géneris  puis par Jean Paul II de la théorie de l’évolution :

44-

   «  Aujourd’hui, de nouvelles connaissances

conduisent à reconnaître dans la théorie de l’évolution plus qu’une hypothèse. …

La convergence des résultats de travaux menés indépendamment les uns des autres,

constitue par elle-même un argument significatif en faveur de cette théorie. »

Discours  de Jean Paul II   à l’intention de l’Académie pontificale des sciences  le 24 octobre 1996

 

45-   Dire que l’Eglise reconnait  le fait de l’Evolution ne signifie en rien qu’elle  reconnait  les théories évolutionnistes donnant au hasard la clef de tous les mécanismes  et avec elles celles qui ne voient  en l’homme qu’un animal commun.

…. C’est en vertu de son âme spirituelle que la personne tout entière jusque dans son corps possède une telle dignité. …: si le corps humain tient son origine de la matière vivante qui lui préexiste, l’âme spirituelle est immédiatement créée par Dieu 

46-

  « En conséquence, les théories de l’évolution qui, en fonction des philosophies qui les inspirent, considèrent l’esprit comme émergeant des forces de la matière vivante ou comme un simple épiphénomène de cette matière, sont incompatibles avec la vérité de l’homme. Elles sont d’ailleurs incapables de fonder la dignité de la personne ».

 Extrait du discours de Jean Paul II  lors d’une intervention devant l’Académie pontificale des sciences  le 24 octobre 1996 pour le 60 eme anniversaire de l’Académie et reprenant un premier discours de Pie XI dans Humani Generis.

47-   Jean Paul II  ne parle pas au hasard, lorsqu’il cite les philosophies qui considèrent l’esprit comme émergeant des forces de la matière…Il s’agit bien là d’une vision philosophique  et non scientifique que nous sommes en droit de ne pas partager et qui a cherché à récupérer en Darwin une assise scientifique.

Ne soyons pas étonnés que   Jean Paul II réaffirme  ainsi l’enseignement constant de l’Eglise  à savoir  d’une part que les oeuvres témoignent de la création et qu’en conséquences,  l’homme est à  même par sa seule raison de conclure à l’existence d’une cause première que le chrétien nomme Dieu et Père. Car « foi et raison sont les deux ailes de l’intelligence « . (1)

(1)  cf  Encyclique Fides  et Ratio de Jean Paul II . Le lecteur pourra  trouvera une excellente synthèse  dans les articles 31 à 36 du Catéchisme de l’Eglise Catholique mais également Filius Dei  ch V de Vatican I, très beau texte à redécouvrir,  voir également la contribution apportée par le cardinal Schonborn  « Finding design in nature » dans une tribune  du  New York Times de juillet 2005.

La création retrouvée

Il n’y a pas Evolution  ou Création, il y a Evolution et Création. 

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48-   La théorie du Big Bang est une théorie scientifique dont nous disposons plusieurs confirmations expérimentales. Il faut bien comprendre cependant qu’après plusieurs milliards d’années, les éléments de preuve dont nous disposons  sont malgré tout fragiles. Nous ne disposons pas de preuve au sens classique du terme mais plutôt d’éléments de confirmation d’un modèle théorique nécessairement extrapolé sur plus de dix milliards d’années. S’il ne me paraît pas prudent de faire reposer la véracité de la Bible sur une concordance apparente ou réelle avec le Big Bang, nous sommes en droit de questionner les philosophes matérialistes du XIX° siècle qui à l’image des philosophes grecs de l’Antiquité se sont appuyés sur une conception d’un univers incréé de toute éternité . [10]

49-   C’est bien la structure essentiellement informationnelle de la vie qui nous permet de rejeter le hasard comme une hypothèse philosophique irréaliste et de dénier le caractère scientifique d’une imputation systématique et exhaustive du monde vivant au hasard.

Cette création qui accompagne l’Evolution, il  nous reste à en comprendre le sens.

8 -En guise de conclusion 

50 La théorie de l’Evolution semble avoir ruiné tout espoir pour l’homme d’avoir été créé.

Ainsi que le prédisaient Darwin et Monod, le monde ancien s’effondre [1], l’homme, produit du hasard,  est seul perdu au milieu de nulle part. Il est réduit à définir lui-même son être et son agir en dehors de tout cadre et de toute finalité laissant l’aliénation de la religion au théâtre des ombres.

Un examen plus attentif de la théorie de l’ Evolution montre,  au contraire, que le hasard ne saurait être retenu comme une explication scientifique de l’ Evolution mais qu’il est en fait une option philosophique préexistante qui s’accommode de moins en moins bien avec les données d’observation : toute vie est structurée par une information qui en constitue son essence.

Impressionnés par la nouveauté et la force de la théorie de l’Evolution, nombre de chrétiens se sont réfugiés dans un fidéisme*  dans lequel la foi chercherait à survivre indépendamment des connaissances scientifiques, d’autres au contraire, ont cherché à réinventer leur foi dans un concordisme *servile face à cette même connaissance scientifique.  De façon consciente ou inconsciente la foi  devient plus une attitude qu’une certitude.

Ces deux approches fidéistes  et concordistes sont également vaines :   élaborées sur un refus ou sur une  fuite en avant,  elles  suscitent une schizophrénie et sont incapables d’emporter l’adhésion des nouvelles générations : vaine est l’espérance de sauver la foi contre la science, vaine également la prétention à concilier le hasard avec la foi chrétienne.  Comment donc apprendre à nos enfants qu’ils sont les fils bien aimés du Père tandis que le discours pseudo scientifique dans lequel ils baignent leur enseigne qu’au contraire, ils sont le fruit du hasard ?

Il nous  faut donc avoir le courage d’affronter la difficulté à la base,  au risque de déplaire et de passer qui pour intégriste,  qui pour gentil benêt inoffensif.

Bien entendu, nous serons taxés de créationnisme, de vitalisme  ou pire encore de supporter de l’Intelligent Design ce qui revient au même dans la bouche des imprécateurs officiels.

La surprise est de constater, une fois permise l’analyse critique de la science,  que ce dogme moderne du hasard a des pieds d’argile . Le roi soudain apparaît nu  et  l’évidence de l’information qui structure depuis le commencement  l’ensemble du vivant permet de rejeter en raison toute interprétation matérialiste. Il  faut un aveuglement volontaire à l’opposé de toute curiosité scientifique et de toute réflexion métaphysique pour ne pas voir la finalité de la création. Contre Kant [1b]  avec St Thomas d’Acquin [1c] et à la suite de Benoit XVI [1d], nous pouvons en toute quiétude affirmer que l’homme peut à travers les œuvres remonter à  la connaissance d’une Cause Première.

Autrement dit, la Bible affirme une vérité accessible à tout homme de bonne volonté lorsqu’elle affirme   que «  Les cieux racontent la gloire de Dieu, et l’étendue manifeste l’œuvre de ses mains ».[2]

Et  plus loin avec Paul « Depuis la création du monde, l’œil de l’intelligence voit par le miroir des réalités visibles les perfections invisibles de Dieu, son éternelle puissance et sa divinité » [3].

Il n’y a pas Evolution  ou Création, il y a Evolution et Création.

Enthousiasmés par cette re-découverte, il nous faut cependant veiller à ce  stade à bien identifier dans notre approche ce qui relève d’une démarche scientifique ( caractérisée par un matérialisme méthodique )  et ce qui se rapporte à une approche métaphysique. Il s’agit là de deux modes de  réflexion et de connaissance qui se complètent et s’enrichissent mais au risque  de s’égarer lorsque la distinction est omise : si la science progresse par bonds, c’est que de tant à autre, elle bute sur des sujets métaphysiques qu’elle ignore ou qu’elle veut ignorer.

Pour le chrétien que nous essayons d’être, il faut rappeler que la réflexion métaphysique comme l’examen de l’existence d’une cause première, constitue un préliminaire à la foi qui  ne saurait être confondu avec la foi en Jésus Christ.  Pour éviter toute ambigüité, notre but ici n’est pas de tenir ici un discours de foi, mais de lever cette chape de plomb qui interdit sous prétexte de science tout éveil métaphysique et donc toute possibilité de foi chez nos contemporains.  Une fois la création retrouvée, il est possible avec Thomas de reprendre le chemin de l’existence de Dieu à partir de sa création de sorte que la contemplation de la création mène en bon droit à la contemplation du Créateur. La foi en Jésus Christ,  en un Dieu d’amour et de miséricorde, qui est Père et qui s’intéresse à l’homme dépasse  de très loin la seule preuve de l’existence de Dieu !

(*)  termes dont la définition retenue est précisée ci dans le chapitre suivant

 9. Foi et raison, un dialogue perdu  et retrouvé.

51- Partie en travaux 

Cette partie constitue un approfondissement et je n’ai pu éviter à ce stade certaines répétitions avec les articles précédents,  je remercie le lecteur de son indulgence.

Arrivés à ce stade, il n’est pas inutile de préciser certaines définitions tant l’acceptation des mots est diverse selon notre formation.  Certains trouveront le titre ci dessus bien hardi  tant cette question a déjà fait l’objet de discours savants, parfois intelligibles  mais également de discours un peu trop simples et  naïfs. Entre les deux écueils, je préfère la simplicité, considérant que l’homme de la rue est à même de rejoindre le philosophe et qu’à défaut c’est que probablement le philosophe s’est égaré…. Prétention naïve penseront certains,  humilité de se découvrir diront d’autres…..

Notre thèse est que le débat entre foi et raison est mal posé  car l’homme contemporain a implicitement réduit la raison  à la science  de sorte que le débat se réduit à une confrontation entre foi et science.

Quelques définitions 

 On appelle Concordisme la volonté de faire coïncider les connaissances et résultats scientifiques avec les  données de foi ( ce qui est écrit dans la Bible ; le Credo …) de manière quasiment littérale.  Par cette approche, on cherche à démontrer  la véracité de la foi par la science. Dans certains cas, pour  rendre cette démarche plus aisée, on adaptera la foi en conséquences,  dans d’autres cas, on mettra en évidence  ce qui parmi les résultats scientifiques semble confirmer les Écritures au risque de fonder  la foi sur des réusltats scientifiques changeants.

On appelle fidéisme la volonté de mettre à distance les connaissances et résultats scientifiques avec les données de foi  et de les considérer séparément sans les confronter. Le fidéisme est  une attitude  pas toujours consciente dans laquelle foi et raison s’excluent.  Le fidéisme refuse toute théologie naturelle*,  la foi est donnée par la grâce seule.

On appelle rationalisme, la volonté de ne retenir de la foi que ce que la raison analytique peut démontrer à partir de la science . Par cette expression, qui remonte à Kant, on entend nier toute possibilité de métaphysique.  La réduction de la foi à la raison analytique et le refus de toute métaphysique conduit  très logiquement à l’athéisme pratique puis à l’athéisme tout court.

Le déisme  affirme l’existence d’un dieu, sans pour autant s’appuyer sur une révélation. Pour la pensée déiste, l’existence  de Dieu  peut être établie  par la raison humaine.  Ainsi défini, le déisme ne s’opposerait  pas à la foi chrétienne  et  serait identique au théisme,   mais le déisme refuse toute forme de vérité révélée. Le théisme affirme la possibilité pour l’intelligence humaine d’établir avec certitude l’existence de Dieu, mais cette certitude ne s’oppose pas à la connaissance de Dieu par la foi, au contraire, elle peut en être le préliminaire ( « La grâce n’abolit  pas la nature » ).  Si Voltaire est déiste, St Thomas d’Aquin est  théiste. Pour éviter les contre sens, on fera attention de bien situer le vocabulaire utilisé par tel ou tel auteur, ainsi pour l’école de Thomas d Aquin, le terme théologie naturelle  ou théologie rationnelle, désigne la démarche intellectuelle de l’homme qui cherche à établir l’existence de Dieu par son intelligence  et l’observation du monde sans les grâces de la Révélation ( Théologie surnaturelle ).  Cette démarche est pour Thomas d’Aquin rendue nécessaire tant dans un but apologétique que pour s’assurer de la cohérence de notre foi   mais ne saurait s’opposer à la Révélation qui éclaire d’un jour nouveau « Croire, c’est réfléchir en donnant son assentiment »…  Cf   Somme Théologique,  IIa-IIæ, Q.2, a.1 . ( Pour nombre de déistes au contraire, le terme  ’religion naturelle  désigne une religion libérée de toute révélation ) . Cette alliance de la foi et de la raison ne saurait se limiter à St Thomas  mais recouvre toute la Tradition de l’Eglise jusqu’à nos jours, citons brièvement St Augustin et St Anselme.

Le matérialisme considère que tout est matière, que ce qui nous apparaît comme un esprit est un produit de la matière. Il se présente comme une forme de rationalisme, si ce n’est comme le rationalisme par excellence.

L’idéalisme considère (avec de nombreuses variantes ) que seul l’esprit nous permet d’accéder  à la connaissance, le reste étant soit peu digne d’intérêt soit illusion des sens.

Le réalisme ( ou philosophie réaliste) considère que le réel est , et que par nos sens et l’expérience nous sommes capables de le comprendre par l’abstraction. Le réalisme considère la réalité des choses et des êtres que ces êtres soient matériels ou spirituels.

Le scientisme considère que la science seule est capable d’aborder l’ensemble du réel, et nie toute possibilité de métaphysique qu’il entend dépasser.  Le scientisme repose d’une part sur l’enthousiasme suscité au XIX °eme siècle par le développement scientifique et technique et d’autre part sur la philosophie critique de Kant, qui refuse à l’homme toute prétention métaphysique.  En effet  dans le courant du XIX °eme siècle, la science devient globale, elle s’unifie  si bien que certains envisagent de pouvoir expliquer de façon scientifique l’ensemble du monde. Le scientisme veut ainsi  « organiser scientifiquement l’humanité » ( E Renan) : l’homme doit se borner à ce qu’il peut savoir de manière certaine, grâce à la science.

Si le rationalisme, déjà mentionné n’est pas  systématiquement athée,  le scientisme et  le positivisme le sont dans leurs prémisses.    Le  positivisme est un développement du scientisme avec lequel il est souvent confondu.  Auguste Conte son fondateur  voulut établir  une philosophie scientiste de l’histoire, une nouvelle religion.   Son influence a été extrêmement forte à la fin du XIX éme siècle, et au moins égale à celle de Marx. Pour le sujet qui nous préoccupe, scientisme, positivisme  et matérialisme peuvent donc être réunis dans un même refus de toute métaphysique et l’affirmation de la libération de  l’homme  par la fin de la religion.  Historiquement, ces trois mouvements se sont emparés de la question darwinienne mais se sont fortement  opposés à certaines découvertes scientifiques susceptibles d’ébranler leur fondement à savoir principalement  la (re)découverte du  second principe de la thermodynamique par Clausius,  la (re)découverte  que notre univers  a un commencement  et dans une  moindre mesure  les équations de la mécanique quantique.  Le matérialisme et le scientisme du XIX  reposent  en effet sur une conception d’un monde éternel  et déterministe que remettent en cause ces découvertes.   Si la prétention de Laplace de tout prévoir dès lors qu’on lui communiquerait l’ensemble des conditions initiales n’est plus  de mise, si les principes de la thermodynamique et de  la mécanique quantique ont mis à mal la conception d’un univers éternel déterministe et source de tout,  l’échec du scientisme n’est pas seulement  un échec de circonstance du aux équations d’Eisntein et de Schrodinger. L’erreur du scientisme lui est intrinsèque dans la mesure où le scientisme croit avoir tout expliqué en ayant énoncé la loi . «  Toute la conception moderne du monde repose sur l’illusion que les prétendues lois naturelles constitueraient  les explications des phénomènes naturels » (Ludwig Wittgenstein; Tractatus  6.371) . Autrement dit,  énoncer la loi de la gravité ( P=Mg) permet de modéliser et de prédire de nombreux phénomènes,  elle ne nous explique pas pour autant le mystère de cette gravité  et cela nous oublions de le contempler.  Mais les philosophies une fois constituées sont parfois friandes de nier le réel pour conserver leur cohérence   « La raison n’a qu’un seul moyen d’expliquer ce qui ne vient pas d’elle, c’est de le réduire au néant » selon le mot de Emile Meyerson.   Mais c’est son ami Bergson qui le premier a le plus contribué à restaurer la réflexion métaphysique dans une époque obnubilée par les succès de la science.

Si le scientisme et le positivisme paraissent aujourd’hui moins triomphateurs, ils n’en constituent pas moins avec le matérialisme,  notre système de pensée implicite,  nous ne prenons plus la peine de les visiter pour les justifier ou les  remettre en question.

Comme indiqué en introduction de ce chapitre, notre thèse est que le débat entre foi et raison est mal posé  car l’homme contemporain a implicitement réduit la raison  à la science  de sorte que le débat se réduit à une confrontation entre foi et science.

Pour poser correctement le débat, il faut distinguer la foi, la métaphysique, la raison et la science

La foi est un acte de l’intelligence et du cœur. St Augustin distingue dans la foi plusieurs mouvements : croire que Dieu existe,  croire ce que dit Dieu et  aimer  Dieu.

Croire que Dieu existe est du domaine de la raison humaine, ( raison naturelle pour utiliser la terminologie thomiste)   tandis que Croire ce que dit Dieu et aimer Dieu sont un mouvement du cœur de l’homme

Ainsi précisés , les différents niveaux de foi se complètent .  « Il faut croire pour comprendre mais, inversement, il faut aussi comprendre pour croire »  ( St Augustin) , cette formulation ne doit donc pas être comprise comme une référence circulaire, un enfermement de la raison, mais bien comme l’articulation des différents niveaux de foi.

Cette confiance envers la raison a été considérablement  développée par St Thomas d’Aquin  ( cf   Somme Théologique  PP Quest 2 art 2  cité plus haut )  et  dont nous reprenons un nouvel extrait « Le fait de croire est l’acte d’une intelligence qui adhère à la vérité divine sous l’empire d’une volonté que Dieu meut par sa grâce  ».

Cette confiance  dans la raison a été reprise  par le concile  de Trente   et  d’une façon qui nous est plus proche lors du concile Vatican I (1870) face à Kant qui excluait la métaphysique de la raison et de la science, face aux philosophies athées du XIX siècle. ( Constitution Dei Filius, chapitre IV).

La raison est  notre capacité de raisonnement et de découvrir le réel, on peut distinguer dans la raison, la démarche physique (  la science qui s’attache à découvrir le réel immédiat ) et la démarche métaphysique qui s’interroge sur ce qu’est le réel. on dira donc par la suite que la raison peut s’exercer de deux façons par une démarche de type scientifique,  et une démarche de type métaphysique

La démarche métaphysique est un cheminement en raison vers la découverte du réel et de ce qu’est l’être au delà du seul sensible.  La  métaphysique accepte de considérer les causes finales ( pour quel but, cette action à t elle eu lieu, qu’elle est sa finalité ?)  ainsi que les causes premières ( quelle est l’origine ultime, le pourquoi  de l’homme ?)   La raison métaphysique donne un cadre conceptuel ( un paradigme)  à la compréhension du monde dont se nourrit la raison scientifique. Par ailleurs la métaphysique est capable de déduire l’existence de l’être par la déduction, l’inférence. Je sais  que ma femme existe car je l’entends, je sais que je ne tombe pas dans l’illusion.

La science est une partie de la raison, qui s’attache à décrire le réel de la façon la plus méthodique possible, ne retenant pour vrai qu’un ensemble de modèles confirmée par  des faits d’expérience.

Pour la science, une théorie est vraie tant qu’elle est confirmée par des faits d’expérience. ( l’expérience à un cadre bien defini cf ..) . On dit que la science « réduit » le réel à son modèle théorique , par sa nature, la science ne s’intéresse qu’aux causes immédiates (  le comment ?) , elle ne s’intéresse ni à la cause finale ni à la cause première ( le pourquoi ).  Comme elle réduit le réel à un modèle théorique  et ne s’intéresse qu’au comment, on dit que la science procède de ce fait à un matérialisme méthodique. (  Ce matérialisme méthodique est appliqué par de nombreux scientifiques chrétiens  et ne doit pas être confondu avec le matérialisme philosophique  ( cf…). On voit également que la science ne s’intéresse pas à ce qu’est l’être. Dire que mon épouse est quelqu’un  n’est pas du domaine de la démarche scientifique, c’est déjà du domaine métaphysique.

On dit également que la science procède par analyse du réel, ( elle le décompose ) sans le voir dans son ensemble. Dans le cas d’une personne, (mon épouse !) , cet ensemble,  est une « forme », une composition, qui fait que cette personne est plus que les atomes qui la composent. (!) . Cette « forme » , cette « personne » ou cette « âme », ( en terme thomiste, l’âme est la forme du corps ), le scientifique la voit mais ne peut l’aborder par la science.

On peut noter à ce stade deux trois points qui permettent d’éviter des erreurs courantes :

la cause finale et la cause première ne s’opposent nullement aux causes immédiates .

Prenons l’exemple classique  d’un chasseur, muni d’ un arc  et qui part à la chasse.  Le chasseur tue un cerf n cerf est tué lors de la chasse. Quelles sont les « causes » de cet acte ?

-  La cause finale peut être  de satisfaire sa faim ou de vendre la viande sur le marché. La cause première qui rejoint bien souvent la cause finale, est la volonté du chasseur de vivre ou de devenir riche.

-   Les causes immédiates sont, la tension de l’arc et de la corde, l’index et le majeur qui ont libéré cette tension, l’œil qui visait sa cible, l’ordre qui est passé du cerveau aux doigts…

Non seulement cause finale et les causes immédiates ne s’opposent pas, mais  le fait d’avoir trouvé une cause immédiate n’interdit nullement de chercher la cause finale. Or c’est précisément le type d’erreur que l’on retrouve assez fréquemment dans la littérature scientifique quelle que soit son niveau, j’ai trouvé la cause immédiate, exit la cause finale et la cause première !

Science et démarche métaphysique ne s’opposent nullement mais s’éclairent mutuellement.

Sur la base de cette distinction, nous pensons qu’un scientifique chrétien ( prenons un médecin-chercheur)  est à même  d’examiner un phénomène ( la maladie d’un enfant)   en appliquant le matérialisme méthodique de la science dans la recherche du comment , ce qui ne lui  interdit nullement  de contempler la réalité de l’être qui est derrière ce  phénomène ( à savoir un enfant et donc une personne ).

Non seulement ces deux démarches sont complémentaires, mais elles se nourrissent {1}

L’histoire des sciences a clairement montré que de tous temps la conception du monde, la vision qu’on en a développé de façon consciente ou inconsciente,  favorise ou interdit certaines démarches scientifiques, permet d’oser l’impensable ou interdit les réflexions. Ce n’est bien souvent qu’après avoir dépassé certains écueils qu’on s’aperçoit  après plusieurs dizaines d’années que la vision métaphysique de l’époque « interdisait » de penser telle chose, ou au contraire a permi d’imaginer telle autre chose.

exemples …

La démarche métaphysique est un préliminaire à la foi. La foi est adhésion  de l’intelligence  et du coeur tant et si bien que nous ne voulons pas croire, nous ne pouvons pas croire ce que notre raison nous interdit. L’enseignement de l’Eglise a toujours affirmé la compatibilité de la foi et de la raison. La foi  est un double mouvement qui touche le coeur de l’homme, mouvement de l’homme vers Dieu et mouvement de Dieu vers l’homme.

Or le mouvement du coeur de l’homme vers Dieu  part de la contemplation des merveilles de la création. cette contemplation va au delà du simple raisonnement métaphysique,  ( cf contempler la réalité du mystère sur ce blog) mais cette contemplation par bien souvent de ce raisonnement métaphysique qui est de s’interroger sur la réalité de l’être et de sa cause première ( et  finale !). [ Partie à revoir et préciser ,  citer Th Aquin et Augustin mais déjà dit plus haut ]

Dès lors le dialogue  entre foi et science  doit avant tout privilégier  un dialogue entre démarche scientifique et démarche métaphysique

{1}  Ce message , le Cardinal  JM Lustiger n’hésitait pas à le proposer aux scientifiques   »Ne faut-il pas que vous [ les scientifiques ] essayiez de recourir à une  rationalité plus englobante que celle mise en oeuvre par les rationalités scientifiques, qui permette à la totalité de la sagesse contenue dans l’expérience humaine  »  extrait de conférence Science sans conscience n’est que ruine de l’âme  du  12 février 1987 à l’Université Paris Sud.  in revue Connaitre N° 30.

  

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En travaux

Il n’est pas rare que des scientifiques de renom  se perdent dans d’obscures conjectures  afin d’éviter de reconnaître le fait de la Création . Ces conjectures  sont le plus souvent  facilement récusables par un débutant en philosophie  qui aurait le courage de passer outre aux arguments d’autorité et au jargon pseudo scientifique.

Nous appellerons irréalistes les théories philosophiques qui se coupent du réel  ( cf article de Paul Mirault)

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[1] « L’ancienne alliance est rompue ;   l’homme sait enfin qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’Univers d’où il a émergé par hasard.  Non plus que son destin, son devoir n’est écrit nulle part.  À lui de choisir entre le Royaume et les ténèbres ». J MONOD  Le hasard et la nécessité.

[1b]  Kant dans son  Introduction à la critique de la raison pure, deuxième édition 1787 , dénonce toute possibilité de métaphysique et déclare les preuves de l’existence de Dieu infondées. En fait , il répond à Descartes qui dans son Discours de la Méthode avance une bien faible démonstration de nature ontologique. Il est probable comme l’affirme E Gilson dans L‘Etre et l’essence que Kant n’ait pas lu St Thomas. voir ci dessous.

[1c]  Dans la  Somme théologique  Ia pars, q. 2, a. 2 et 3  Saint Thomas d’Aquin résume les 5 preuves ou « voies » de de l’existence de Dieu, il précise que la voie ontologique est une voie faible. La voie physico-théologique  ( la preuve par la contemplation des oeuvres)  est la voie royale accessible à tous.

[ 1d ] Cf notamment discours de Benoit XVI à Ratisbonne «  Kant a agi … en affirmant qu’il a dû mettre la pensée de côté pour pouvoir faire place à la foi. Du coup, il a ancré la foi exclusivement dans la raison pratique et il lui a dénié l’accès à la totalité de la réalité. »…./… » Mais, de ce fait, nous nous trouvons devant une réduction du rayon de la science et de la raison, qu’il faut mettre en question ».

[2]  PS 19

[3] Rm 1, 19

[4] Le Drame de l’humanisme athée  Cardinal de Lubac.

[4b]  Feuerbach  fut contemporain de Darwin, Darwin connaissait il Feuerbach ? Il serait étonnant qu’il  n’eût pas entendu parler de lui ! Feuerbach a en tout cas participé au désenchantement du monde que ce soit par l’ Essence du Christiannisme  (1841), l’Essence de la religion  ( 1845) ou encore  La révolution et les sciences naturelles (1850).  Feuerbach  a  plus que d’autres théorisé l’athéisme  et donné au matérialisme un caractère scientifique.

Les écrits de Marx n’ont pu influencer le jeune Darwin mais il est symptomatique de cette époque que  dès 1844, soit  15 ans avant la publication de l’Origine des Espèces, Marx ait écrit que « la création de l’homme par lui-même  est un élément indispensable  de la libération de l’homme ».   Marx a quant à lui attentivement étudié l’oeuvre de Darwin, en témoigne cette lettre  à Engels de 1862  «Il est curieux de voir comment Darwin retrouve chez les bêtes et les végétaux sa société anglaise avec la division du travail, la concurrence, l’ouverture de nouveaux marchés, les “inventions” et la “lutte pour la vie” de Malthus. C’est la bellum omnium contra omnes de Hobbes».

[5]  Miller a pu synthétiser des éléments organiques à partir  de ce qu’il pensait être une soupe primitive, passons sur le fait que ces éléments organiques ne sont pas ceux utilisés par le vivant , passons également sur le fait que notre « idée » de la « soupe primitive » a évolué depuis les années 50. L’objection aux travaux de Miller  resterait s’il avait pu synthétiser les éléments organiques de l’ADN eux-mêmes. Car l’empilement de briques ne saurait constituer  une information. Admettons que le hasard  puisse concourir à fabriquer les briques élémentaires nécessaires à tout organisme vivant, il y a encore un long chemin avant de démontrer la possibilité de création de cet organisme vivant par le hasard. La synthèse d’éléments organiques par l’américain Stanley Miller en 1953 joue le même rôle que la synthèse de l’urée par l’allemand Wohler en 1828 : montrer que la vie s’appuie sur la chimie pour se construire.  Chaque découverte est utilisée pour « démontrer » que  le principe de la vie est découvert, que l’énigme est résolue, mais montrer que la vie s’appuie sur des processus chimiques ne permet pas de réduire la vie à ces processus chimiques.  ( cf articles sur auto organisation ci dessous )

[6] Lire à ce sujet  les chroniques de Claude Tresmontant  dans  La Voix du Nord  ainsi que la collection Les Indices Pensables tome 3 de Brunor  aux éditions SPFC. http://www.brunor.fr/

[7] Cette définition remonte en fait à Aristote , pour qui l »idée, eidos, la forme ou encore l’âme informe  tout être vivant.   Pour éviter tout contresens, on parler d’âme spirituelle lorsque l’on veut mentionner l’âme au sens religieux du terme. Nous verrons plus loin que d’une certaine manière Aristote a vu juste,  l’ADN structure l’ensemble du vivant !

[8] Lire à ce sujet Claude Tresmontant  dans les chroniques de La Voix du Nord

[9]   Le fait que les paradigmes scientifiques soient étroitement conditionnés par l’environnement philosophique  n’est plus à démontrer, rappelons ici simplement que  le monothéisme judéo chrétien a permis de désenchanter le monde  et de passer d’un monde magique à un monde régi par des lois.  Contentons nous ici de citer  S J Gould  Darwiniste patenté quoique peu orthodoxe pour certains

« Suivant l’idée que l’on se fait généralement du progrès scientifique, le chemin qui va de l’ignorance et de la superstition à la vérité passe par l’observation et l’accumulation des faits. Dans cette perspective réconfortante, l’histoire de la science n’a qu’un intérêt anecdotique, car elle ne peut que relever les erreurs du passé et honorer ceux qui ont eu l’intuition finale. Elle est aussi transparente qu’un mélodrame démodé : la vérité (telle qu’elle nous apparaît actuellement) est seule juge et les hommes de science du passé se divisent en bon, qui ont eu raison, et en méchants, qui ont eu tort. (…) La science n’est pas une recherche d’informations objectives se situant hors du contexte subjectif et émotionnel. C’est une activité de création, dont les plus grands représentants se sont comportés en artistes plus qu’en machines à analyser les informations. Les nouvelles théories ne sont pas simplement la conséquence de découvertes récentes, mais le produit de l’imagination créatrice influencée par le contexte social et politique. Il ne faut pas porter de jugement sur le passé en fonction de nos propres convictions et considérer comme des héros les hommes de science qui nous semblent avoir eu raison en fonction de critères sans rapport avec ce qu’ils voulaient dire. C’est pure folie de dire qu’Anaximandre (au VIe siècle avant Jésus Christ) était le premier des évolutionnistes, sous prétexte que, voulant montrer que l’eau était le plus important des quatre éléments, il soutint que la vie était apparue dans les océans. Pourtant, presque tous les ouvrages de référence expriment cette opinion. » Stephen Jay Gould, Darwin et les grandes énigmes de la vie., chap. 25,p. 215

[10]  cf  Claude Tresmontant, Sciences de l’Univers et problèmes métaphysiques, chap I , Editions du Seuil.



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